jeudi 26 septembre 2013

Mgr Lefebvre : Le célibat sacerdotal, rayonnement de la grandeur du Christ

« Quant à vous, chers sous-diacres, vous qui allez être ordonnés dans quelques instants, avec la grâce du Bon Dieu, sous-diacre, vous aussi vous participez et vous participerez encore davantage à la lumière de Notre Seigneur Jésus-Christ, spécialement en pratiquant le célibat, à la suite de Notre Seigneur Jésus-Christ. C'est comme un rayonnement de la grandeur, de la sublimité de Notre Seigneur qui rayonne sur vous, par cet attachement total de votre être à Notre Seigneur Jésus-Christ, sans partage, voulant être à Lui totalement, sans limite. Eh bien, vous manifestez précisément la grandeur, la toute-puissance, la vertu de Notre Seigneur Jésus-Christ, la sainteté de l'Eglise.

« Plus que jamais aujourd'hui, les fidèles, les vrais fidèles ont besoin de cette lumière, au moment où précisément le célibat est battu en brèche par des exemples lamentables dans le monde entier, par des prêtres, par un certain laxisme de Rome, accordant à des milliers et des milliers de prêtres, de ne plus garder le célibat. Et cette vertu est méprisée dans le monde. Ce sont des conférences épiscopales entières, qui demandent l'abandon du célibat. On se promet de faire des synodes qu'on appellera même des conciles, comme le futur concile africain, qui a certainement son intention de demander l'abolition du célibat pour l'Afrique.

« Ce sont les ténèbres qui envahissent l'Eglise. Alors vous devez être la lumière; vous devez propager cette lumière fermement, courageusement, sans hésitation, malgré les critiques, malgré tous les quolibets, malgré toutes les difficultés que cela représente pour vous. Portez votre habit religieux, portez votre soutane; manifestez devant le monde que vous êtes prêtre, que vous êtes religieux, que vous êtes donné au Bon Dieu totalement, que vous pratiquez la virginité, que vous professez le célibat. Quel bel exemple ! Combien l'Eglise a besoin de cela. L'Eglise ne serait plus l'Eglise s'il n'y avait pas des prêtres célibataires et s'il n'y avait plus de religieux et de religieuses, fidèles au célibat, à la virginité. C'est cela qui caractérise l'Eglise; c'est cela qui est vraiment la note de sainteté de l'Eglise et qui convertit les âmes.

« S'il est un exemple qui manifeste la sainteté de l'Eglise, c'est bien celui-là. Et les personnes qui sont dans le mariage ont besoin de cet exemple, pour demeurer elles aussi, dans la loi de Dieu dans le mariage, voyant l'exemple de sacrifices et de chasteté dans l'Eglise, cela les encourage elles aussi à garder la loi du Bon Dieu dans le mariage.

« Mais si les prêtres abandonnent le célibat, s'ils abandonnent cet attachement total à Notre Seigneur Jésus-Christ, alors qu'en sera-t-il des mariages chrétiens ? Soyez donc cet exemple, mes chers amis, attachez-vous à cette vertu toute spéciale que le Bon Dieu demande de vous. »
  

Mgr Lefebvre, Ecône, sermon du 15 mars 1986

samedi 21 septembre 2013

Mgr Lefebvre face aux crises internes

Peut-être n’y a-t-il jamais eu autant de crises au sein de la Fraternité Saint-Pie X qu’à ses débuts. Tous les deux ou trois ans, une scission éclatait et c’est ici un séminaire qui chavirait, là un district qui s’éloignait. En 1983, Mgr Lefebvre perdit quasiment tout l’apostolat des États-Unis, les prêtres lui reprochant sa trop grande souplesse et son manque de fermeté. L’archevêque ne s’émut pas. S’il faut tout perdre, nous recommencerons tout, disait-il. Six ans auparavant, le corps professoral d’Écône l’avait jugé trop dur et c’est une grave crise qui affecta la Fraternité au point de séparer le séminaire du fondateur. Une fois la tempête apaisée, il prévint ses séminaristes : Ceux qui ne veulent pas reconnaître les dangers provoqués par la réforme, et ceux qui manifestent une dureté excessive à l’encontre du pape ou de leurs confrères n’épousent pas le véritable esprit sacerdotal : 
« Cela fait déjà un an – les autres diront peut-être deux ans – que la situation au séminaire est difficile, qu’il y a des oppositions à l’intérieur du séminaire ; que certains groupes de séminaristes sont opposés les uns aux autres, qu’on a donné des étiquettes à certains. Les uns se sont dits libéraux, les autres se sont dits jansénistes, et que sais-je…

« Enfin, cela, j’en suis conscient moi-même. Je ne suis pas le dernier à le savoir, et je suis payé pour le savoir parce qu’on me donne les deux étiquettes ! Et ces deux étiquettes, surtout en France, particulièrement dans notre cher pays de France, les divisions y sont effrayantes, épouvantables, dans les milieux traditionalistes. Elles ne font que se multiplier. C’est effrayant et triste de voir cette division…

« Alors la situation s’est trouvée, ici au séminaire, le reflet de cette situation qui se trouve en France. Heureusement pour ceux qui ne sont pas français, la situation dans leurs pays en général est moins aiguë. Je ne dis pas qu’il n’y en ait pas, il y a des divisions partout parce que quand le vrai pôle de l’unité qui doit être Rome faiblit, forcément tout s’en va. Chacun se fait un peu sa vérité, chacun se fait sa doctrine, son groupe. Chacun veut avoir sa manière de réagir. C’est fatal. Ce sont les conditions dans lesquelles se trouve l’Eglise actuellement qui veulent cette poussière de divisions. C’est ce qu’a produit le protestantisme. Le protestantisme est devenu une poussière de sectes parce qu’ils ont perdu l’unité de Rome. Maintenant c’est Rome même. La lumière est en quelque sorte obscurcie et alors les fidèles, les catholiques, sont dans le désarroi complet. Et les réactions, même les bonnes réactions, se voient sous des angles différents, des manières différentes, des méthodes différentes. Et on se divise.

« Alors je me trouve forcément moi-même pris dans tout ce tourbillon, ayant moi-même réagi et fait ce séminaire il y a maintenant huit ans. Fatalement, il y en a qui sont d’accord, pas d’accord et pas tout à fait d’accord, pas tout à fait contre, etc. C’est fatal. Et ma foi, cela fait déjà trois fois que la Providence permet qu’il y ait des ruptures à l’intérieur du séminaire. C’est la troisième fois que je répète, que je dis la même chose. […]

« Hésitations au sujet des ordinations, hésitations au sujet de la juridiction des nouveaux prêtres, hésitations au sujet des incardinations des prêtres dans la Fraternité que je considère comme toujours existante puisqu’elle a été abolie illégalement et injustement. Autant de petits points, je dirais peu de choses comme différences, mais tout de même une certaine différence.

« Alors, en plus de cela, il faut bien reconnaître que dans le séminaire il y avait un peu cette tendance à ne pas être parfaitement dans ce que je pense devoir affirmer. Et en plus de cela, il y avait aussi le fait que je réprouve absolument, de certains séminaristes qui, eux, se sont durcis et ont plutôt voulu suivre les idées du Père Barbara et je dirais un certain durcissement de ceux qui, parmi les traditionalistes de France, ont des positions, à mon avis, excessives de dureté contre le pape, contre les évêques, toujours prêts à insulter les évêques, à insulter le pape.
« Alors il s’est trouvé de fait ici certains séminaristes qui prenaient plutôt leur inspiration, inspiration de doctrine, en dehors du séminaire et non pas dans le séminaire. Alors, si d’un côté il y en avait qui ne suivaient pas le séminaire par défaut, il y en avait qui ne suivaient pas le séminaire par excès. Et alors cela fait cet affrontement, cet affrontement qui est venu à l’intérieur du séminaire, affrontement lamentable : manque de charité, manque de compréhension, manque d’union, divisions continuelles. Alors on ne pouvait plus se voir, plus s’asseoir l’un à côté de l’autre et bientôt presque ne plus manger ensemble, ne plus aller en récréation ensemble. Inimaginable ! Ce n’est plus chrétien, à plus forte raison plus sacerdotal ! C’est inimaginable cela. Inimaginable ! 
« Que font ici des séminaristes qui sont dans cet état d’esprit ? Il vaut mieux qu’ils s’en aillent. De grâce, qu’ils s’en aillent ! Et personnellement je me vois obligé en conscience de sévir contre ceux qui apportent cet esprit excessif dans une dureté, une attitude à mon avis non conforme à l’esprit sacerdotal, non conforme à l’esprit pastoral, une attitude exagérée vis-à-vis de tous ceux qui ne pensent pas comme eux, une attitude qui n’est pas chrétienne. Je me vois obligé de sévir. C’est pourquoi j’ai demandé à trois séminaristes de ne pas revenir cette année-ci au séminaire.

« D’autre part, je ne puis pas non plus tolérer des séminaristes qui ne pensent pas comme nous, qui ne nous suivent pas, qui ne sont pas d’accord pour les ordinations, qui ne sont pas d’accord pour l’incardination, qui ne sont pas d’accord pour dire qu’il y a quand même dans les sacrements nouveaux des choses inquiétantes et qui rendent certainement invalides un bon nombre des sacrements – du moins il faut aussi étudier les cas particuliers – mais il y a certainement maintenant beaucoup de prêtres qui n’ont maintenant plus l’intention de faire ce que fait l’Eglise et donc leurs sacrements sont invalides – et puis ceux qui pensent que nous avons une attitude vis-à-vis du pape qui n’est pas celle qui devrait être. Eh bien ces séminaristes-là, s’ils ne nous suivent pas, que font-ils ici ? Pourquoi venir dans ce séminaire si on ne veut pas en prendre les orientations et la ligne ? C’est inutile. Alors c’est un poids qui pèse et que l’on traîne comme un boulet dans le séminaire, ces gens qui ne sont pas d’accord avec la ligne du séminaire. »

Mgr Lefebvre, conférence du 20 septembre 1977

mardi 3 septembre 2013

Mgr Lefebvre : ne jamais abandonner le successeur de Pierre

Lorsque les abus proviennent de l’autorité de l’Église, que les faits font grandir la déception, la tentation est grande de simplifier, d’insulter, de se fourvoyer dans de fausses options, de se réconforter dans les illusions. Ainsi, devant les scandales œcuméniques et liturgiques, certaines âmes, victimes des abus, se sont-elles accaparées les prérogatives du Siège apostolique et ont cru pouvoir dire que tel homme n’était pas pape. Elles se sont fait leur petite papauté à elles seules et se sont donné la possibilité de pouvoir lier et délier. On choisit son pape, on rejette son successeur, on garde le suivant. Les faits pourtant demeurent : les pontifes romains sont légitimement élus et unanimement reconnus comme pasteurs de l’Église universelle. Mgr Lefebvre demande de bien revenir aux faits : Malgré toutes les causes de scandale provenant des papes eux-mêmes, il ne faut « jamais abandonner le successeur de Pierre ». L’écueil du sédévacantisme, il l’a dénoncé jusqu’au soir de sa vie. Mais déjà, lors des ordinations du 29 juin 1982, dans un sermon qui tentait de cerner le mystère de l’Église, il a prononcé l’un de ses prêches les plus marquants et a abordé le sujet de la papauté :

« Eh bien, nous vivons cette époque. Nous ne pouvons pas fermer les yeux. Les choses sont là devant nous, elles ne dépendent pas de nous. Nous sommes témoins de ce qui se passe dans l'Eglise, de ce qui s'est passé d'effrayant depuis le Concile, de ces ruines qui s'accumulent de jour en jour, d'année en année, dans la Sainte Eglise. Et plus nous avançons et plus les erreurs se répandent et plus les fidèles perdent la foi catholique. Une enquête faite récemment en France, disait qu'il n'y avait pratiquement plus que deux millions de catholiques français qui sont encore vraiment catholiques. Alors nous allons à la fin. Tout le monde tombera dans l'hérésie; tout le monde tombera dans l'erreur, parce que des clercs – comme le disait saint Pie X – se sont introduits à l'intérieur de l'Eglise et ont occupé l'Eglise et ont répandu les erreurs à la faveur de l'autorité qu'ils occupent dans l’Eglise.

« Alors sommes-nous obligés de suivre l'erreur parce qu'elle nous vient par voie d'autorité ? Pas plus que nous ne devons obéir à des parents qui sont indignes et qui nous demandent de faire des choses indignes; pas plus nous ne devons obéir à ceux qui nous demandent d'abandonner notre foi et d'abandonner toute la tradition. Il n'en est pas question.

« Oh certes, c'est un grand mystère. Grand mystère de cette union de la divinité avec l'humanité. L'Eglise est divine, l'Eglise est humaine. Jusqu'où les défauts de l'humanité peuvent – je dirais – presque atteindre la divinité de l'Eglise ? Dieu seul le sait, c'est un grand mystère. Mais nous, nous constatons les faits. Et nous devons nous placer devant des faits et ne jamais abandonner l'Eglise, l'Eglise catholique et romaine, ne jamais l'abandonner. Ne jamais abandonner le successeur de Pierre, parce que c'est par lui que nous sommes rattachés à Notre Seigneur Jésus-Christ, à l’évêque de Rome, successeur de Pierre.


« Mais si par malheur, entraîné par je ne sais quel esprit ou quelle formation, ou quelle pression qu'il subit, par négligence, il nous laisse et il nous entraîne dans des chemins qui nous font perdre la foi, eh bien nous ne devons pas le suivre tout en reconnaissant cependant qu'il est Pierre et que s'il parle avec le charisme de l'infaillibilité, nous devons accepter. Mais lorsqu'il ne parle pas avec le charisme de l'infaillibilité, il peut très bien se tromper. Hélas, ce n'est pas la première fois que cela arrive dans l'Histoire. »

vendredi 16 août 2013

Père R.-Th. Calmel : L’héroïsme de la charité et l’héroïsme de la révolte

A la suite du propos précédent de Mgr Lefebvre sur l’agitation perpétuelle des esprits, nous publions ce texte du Père Calmel qui distingue si bien l’héroïsme de la révolte – qui veut en tout lieu et en toute heure s’emporter et s’enflammer – de l’héroïsme de la charité qui se fonde, le plus souvent, sur la patience et sur le silence, à l’image de l’atmosphère recueillie de la Sainte Famille. « Une vie héroïque n'est pas haletante et précipitée comme un drame sur scène », explique-t-il.

« Il est un héroïsme de la révolte, et un héroïsme de la charité. L'héroïsme de la charité demande avant tout de prendre, à cause de Dieu, une route de droiture parfaite et de ne vouloir rien entendre quand il s'agit de changer de direction. Moyennant quoi il est fort possible que la vie, quelque jour, devienne extrêmement dure et même qu'il faille consentir au sacrifice suprême. Seulement, et c’est ici que je ne voudrais pas que l’on se fasse des idées, choisir le chemin de l'héroïsme de l'amour ce n'est pas être acculé, sans répit, à une existence intenable et irrespirable. Ce n'est pas à chaque minute et à longueur de vie être emporté dans un tourbillon étouffant et vertigineux comme celui d'une tragédie de Racine ou de Shakespeare. Une vie héroïque n'est pas haletante et précipitée comme un drame sur scène. Elle admet des repos, des détentes, des paliers et des reprises. Elle trouve une connivence de certaines personnes et de certains événements, plus ou moins proche, plus ou moins réconfortante, mais toujours réelle, - excepté, il est vrai, dans la solitude unique des heures d'agonie. Mais alors un ange du ciel descend et réconforte. Pour le reste, et à travers le déroulement ordinaire du jour, le Père du ciel a ménagé une familiarité, une grâce, une clémence de la vie qui empêche que ne soit inhumain et exaspéré l'héroïsme de l'Amour.

« Qui douterait qu’on ne puisse, qu’on ne doive parler d’héroïsme à propos de la vie de saint Joseph le Juste ? Et beaucoup plus encore à propos non seulement de la Passion, mais même de la vie cachée et de la vie publique du Fils de l’Homme ? Si l’héroïsme est le contraire de la tiédeur et de la protection égoïste de soi-même, si l’héroïsme dont nous parlons demande d’être prêt à sacrifier sa vie en ce monde pour rester fidèle à la loi de Dieu dans le spirituel et dans le temporel, on ne peut douter que la vie de saint Joseph, fidèle et ferme dans la pauvreté de Nazareth et dans l’exil en Égypte, ne porte la marque de l’héroïsme. […] Ce n'est point parce que vous aurez l'esprit du martyre que les bourreaux vous sauteront dessus à tous les tournants. Seulement vous n'aurez rien réservé. Vous aurez tout donné, et vos forces et votre cœur. Et cet abandonnement total, loin de vous condamner à ne plus connaître les sourires de la vie est au contraire le seul moyen de les apprivoiser. […]

« Il est un autre héroïsme que celui de l'Amour : celui de la révolte et même de la haine. L'histoire de la civilisation et celle de l'Église, et d'ailleurs la simple expérience quotidienne, ne permettent pas de se faire illusion sur sa puissance dévastatrice et démontrent au surplus qu'il est toujours prêt à renaître ; cela par la faute du diable ; par la faute aussi des gens de bien : parce que leur bien est débile, extérieur et peut-être pharisaïque. Qu’on se souvienne de Luther ou de Lénine, ou de tel compagnon obscur que l’on a rencontré dans la vie. Pour répondre à cet héroïsme, la tiédeur est parfaitement inutile, fût-elle bien parlante, bien pensante, bien armée ; les sanctions, même justes, ne suffisent pas ; les discours non plus, même inexpugnables. La grande réponse, celle qui est au principe de toutes les défenses positives, c’est l’héroïsme de l’Amour. »


Roger-Thomas Calmel, o.p., Nous sommes fils de saints, NEL, 2011, pp. 33-37

vendredi 9 août 2013

Mgr Lefebvre : faut-il toujours parler de la crise ?

« Je pense qu’il faut rester devant la réalité telle qu’elle est et surtout, nous ne sommes pas obligés de donner des appréciations sur le pape tous les jours. Les gens n’attendent pas cela, les gens n’attendent pas que, dans vos sermons demain, il y ait toujours quelque chose sur le pape. Il y a bien d’autres sujets. Laissez ce problème qui est justement un problème très délicat, difficile, douloureux d’ailleurs, qui peine tous les fidèles, qui les fait souffrir. Alors si quelqu’un vient vous trouver en particulier, eh bien donnez-lui la solution de la Fraternité, ce que l’on pense dans la Fraternité : « voilà la ligne de conduite de la Fraternité dans les circonstances actuelles par rapport au pape, par rapport aux sacrements, par rapport à la messe ». Mais n’en faites pas toujours un sujet de sermon qui fait que les gens sortent de là, anxieux, les uns discutent : « Ah ! il a dit cela ? Mais ce n’est pas tout à fait juste, et ceci et cela… » Cela ne fait pas de bien, ça trouble les gens, ça ne sert à rien. Ce que les gens demandent, c’est la sanctification, c’est d’être sanctifiés par les sacrements, par le Saint-Sacrifice de la Messe. Parlez-leur de leurs problèmes, de la sanctification personnelle. Dieu sait si les sujets ne manquent pas ! Une fois ou l’autre, évidemment, à l’occasion d’une conférence ou si vraiment il y en a qui vous demandent, réunissez ces quelques personnes et puis expliquez-leur d’une manière précise la situation.

« Mais ce que les fidèles attendent de vous, c’est que vous soyez des prêtres comme tous ceux qui vous ont précédés et qui ont sanctifié ces villages. Combien il y a eu de saints prêtres qui n’ont pas tous été des saint Curé d’Ars, mais qui ont vraiment sanctifié la population, leur village, qui étaient vraiment des prêtres, des prêtres auxquelles les personnes se confiaient et qui, comme saint Pie X – on le lisait encore hier – allaient au chevet des mourants et les aidaient à bien mourir, les préparaient à la mort. C’est une vie extraordinaire que la vie du prêtre, une vie inouïe : Préparer les enfants à la Première Communion, à la Confirmation, leur faire le catéchisme, les garder dans la foi, préparer peut-être des vocations religieuses, des vocations sacerdotales. Alors, pour cela, évidemment, je pense que la grande vertu du prêtre, c’est la charité, la vertu de Dieu : Dieu est Charité. Et c’est cela que nous devons être. »


Mgr Marcel Lefebvre, retraite sacerdotale, 1980

mercredi 31 juillet 2013

Jean Madiran et Mgr Lefebvre : avant de partir

Jean Madiran s’est éteint le 31 juillet 2013. Il était un témoin privilégié de la vie de Mgr Lefebvre. Grand journaliste ayant couvert l’actualité du concile Vatican II, ayant soutenu corps et âme les débuts d’Écône, il en fut un témoin privilégié. Aussi, quand il fut question d’interroger les témoins de la vie du fondateur de la FSSPX pour réaliser un film documentaire, fut-il immédiatement question d’aller interroger Jean Madiran, l’initiateur d’Itinéraires et de Présent. C’est par Jeanne Smits, directrice de cette revue que j’ai pu joindre par téléphone Jean Madiran et ce dernier m’expliqua rapidement que les caméras et lui faisaient deux, qu’il n’avait jamais répondu à la télévision et que ce n’est pas à son âge – il était déjà nonagénaire – qu’il allait modifier son avis tranché sur ces nouvelles inventions. Je tentais une dernière chance en lui disant que j’allais lui écrire pour lui formuler sur papier ma demande. Sa réponse, sans pour autant ouvrir grand espoir, laissait plus ou moins entendre que je pouvais toujours essayer. Quinze jours plus tard, une très brève lettre de sa part m’indiquait qu’il acceptait finalement la proposition : « Ma réponse est Oui » soulignait-il, tout en me communiquant un numéro de portable et une adresse qui se trouvait à cinq cent mètres de la mienne.

Rares étaient les témoins qui avaient pu entendre Jean Madiran parler de Mgr Lefebvre après 1988, l’année des sacres. Cet épisode crucial avait mis fin à la grande entente entre deux hommes brillants, qui avaient une amitié et une estime réciproques. Puis vint le moment de l’incompréhension, de la rupture et même de la peine. Pour ma part, j’avais sagement rédigé mes questions sur le Concile et les débuts de la Fraternité, évitant bien les sujets qui risquaient de fâcher. Arrivant à son domicile, nous trouvions Jean Madiran aimable, avenant et souriant, alors qu’on nous avait parlé d’un homme au caractère bien trempé. Il nous a laissé déménager tout son salon pour installer la caméra et les spots afin de trouver le bon angle et la bonne lumière. En commençant, son caractère refit surface, il me dit que mes questions ne lui convenaient pas et qu’il choisirait les siennes. Cela commençait bien, me disais-je. Il parla du Concile où il confia que Mgr Lefebvre s’enquit de son expertise, en particulier sur le sujet relatif à la collégialité. Il plancha toute une nuit sur la question à Fontgombault avant que l’archevêque ne parte pour Rome, affermi par les analyses du grand écrivain. Dans les débuts de la Fraternité, il était encore là, veillant au lancement de l’œuvre. Le 21 septembre 1974, lorsque Mgr Lefebvre rédigea sa fameuse déclaration où il affirmait solennellement qu’il adhérait de tout son cœur « à la Rome éternelle » et qu’il refusait par contre « la Rome de tendance néo-moderniste », Jean Madiran était présent à Écône. Son fondateur demanda s’il pouvait expliquer aux séminaristes le sens de ses propos et il s’affranchit si bien de cette tâche qu’à la fin de la leçon, Mgr Lefebvre dit à ces futurs prêtres : Voyez, je n’ai rien à ajouter.


Mais Jean Madiran revenait systématiquement à la question des sacres. Visiblement, il voulait absolument aborder le sujet et il se lança dans un grand développement où il déclara : « Si la Fraternité Saint-Pie X existe encore aujourd’hui, c’est parce que Mgr Lefebvre lui a donné quatre évêques. Ce qui fait qu’elle a le poids qu’elle a, qu’elle est prise par le pape comme un interlocuteur, c’est parce qu’elle a des évêques » Et il poursuivait : « Dans l’Église, être des évêques, ça compte. Et donc, là, le fondateur avait bien fait, en tout cas il avait fait une fondation durable et assuré les conditions pour que son œuvre dure. » Il termina l’entretien en résumant Mgr Lefebvre comme « un fondateur ». On ne pouvait que saluer l’intelligence et l’humilité de cet homme de quatre-vingt dix ans qui avait finalement convoqué les caméras pour solder un compte avec l’histoire, non pour battre sa coulpe mais pour reconnaître le mérite d’un évêque dont on ressentait que des décennies plus tard il l’admirait toujours. Jean Madiran savait pertinemment que ce passage serait retenu. Il l’avait préparé et presque mis en scène. Son petit sourire le manifestait à la fin de l’entretien, bien que je me sois mordu les lèvres pendant qu’il parlait. Ayant eu l’occasion de lui écrire et de lui parler dans les mois qui suivirent, j’avais remarqué que sa pudeur lui évitait de revenir sur la question. Il avait reçu le film et il manifestait sa satisfaction.

Au-delà de ces faits récents, nous ne pouvons aujourd'hui que prier pour l'âme de cette grande figure qui a formé pendant des années les esprits, à travers la revue Itinéraires, à travers la revue Présent, les conduisant à déceler le vrai dans l'amas d'actualités qui foisonnent. Nous pouvons également lui exprimer notre reconnaissance.

J.-R. du Cray

vendredi 26 juillet 2013

Comment comprendre les paroles de Mgr Lefebvre ? L’archevêque répond lui-même

Les citations du fondateur de la Fraternité semblent fuser ici ou là sous l’effet de réactions affectives : l’inquiétude ou la passion. On brandit l’une pour justifier l’idéologie du moment, on saisit là une autre pour asseoir une thèse a posteriori. Que penserait-il lui-même de ceux qui s’emparent de ses propos ? Que dirait-il à ceux qui amassent citation sur citation pour tirer des conclusions qui s’apparentent à des équations mathématiques ? A défaut de pouvoir parler à la place du défunt fondateur de la Fraternité, nous empruntons ses propres mots. De son vivant, il fut confronté à ceux qui utilisaient ses écrits, voulaient y déceler des contradictions ou encore des opportunités pour tirer des conclusions théologiques hâtives et, par conséquent, désordonnées :

« Je ne dis pas que dans les paroles, on ne peut tirer une phrase et puis l’opposer à une autre, la tirer du contexte et, ainsi de suite, me faire dire des choses qui ne sont pas dans mon esprit. J’ai pu quelquefois dire des phrases assez fortes, par exemple que le Concile était plus ou moins schismatique. Dans un certain sens c’est vrai parce qu’il y a une certaine rupture avec la Tradition. Donc dans le sens selon lequel le Concile est en rupture avec la Tradition, on peut dire, dans une certaine mesure, qu’il est schismatique. Mais quand j’ai dit cela, ce n’était pas pour dire que le Concile est vraiment, profondément schismatique, définitivement. Il faut comprendre avec tout ce que je dis. Le Concile est schismatique dans la mesure où il rompt avec le passé, ça c’est vrai. Mais ça ne veut pas dire pour autant qu’il soit schismatique au sens précis, théologique du mot.

« Alors quand on prend les termes comme ça, on peut dire : « Voilà ! Si le Concile est schismatique, le pape ayant signé le Concile est schismatique et tous les évêques qui ont signé le Concile sont schismatiques, donc on n’a plus le droit d’être avec eux. » Ce sont des raisonnements faux. C’est de la folie, ça n’a pas de sens !

« C’est pour ça que je fais paraître dans Cor Unum cet article sur la foi. Je ne sais pas si vous avez lu le commentaire de la vertu de foi par le Père Bernard, commentaire de l’article de saint Thomas d’Aquin. Il prend l’esprit de saint Thomas d’Aquin, où il montre justement l’infidélité chez les fidèles, où il montre que parmi ces fidèles il y a le péril de la foi, qu’il y a beaucoup de fidèles dont on dirait : « Oh ! il n’a plus la foi, c’est un païen, c’est un athée ». Si on veut, dans une certaine mesure, parce que ce sont des gens qui ne pratiquent plus, des gens qui n’éduquent pas chrétiennement leurs enfants, des gens qui ont des raisonnements païens, du monde, matérialistes, tout ce qu’on voudra. Alors on dit : « Ils n’ont plus la foi ! » Est-ce qu’on peut dire vraiment qu’ils n’ont plus la vertu de foi ? C’est autre chose ne plus avoir l’esprit de foi, ne plus pratiquer sa foi, et ne plus avoir la foi, ce sont des formules différentes. C’est dangereux d’appliquer tout de suite ces choses-là, parce que par le baptême ils gardent la vertu de foi. Ils ont la vertu de foi, mais ils ne la mettent pas en exercice, ils ne la pratiquent pas. Ça c’est autre chose. »

(Mgr Marcel Lefebvre, retraite sacerdotale, 1980)