mardi 27 juin 2017

La FSSPX souhaitait une prélature personnelle dès 1984


Ces dernières années, le terme de « prélature personnelle » est revenu plusieurs fois dans la bouche des prélats romains et des supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X pour qualifier la structure que le Saint-Siège avait proposée à cette dernière. Mais il ne s’agit en rien d’une nouveauté. Déjà, en 1985, la Maison Générale de la Fraternité demandait trois choses dans une pétition qu'elle adressait à Rome :

1. « la liberté à tout prêtre d’utiliser le missel romain et les livres liturgiques en vigueur en 1962 »

2. Que « cesse, pour S. Exc. Monseigneur Lefebvre et ses prêtres, l’injuste situation dans laquelle on les a placés »

3. « Que la Fraternité soit reconnue dans l’Église comme société de droit pontifical et prélature personnelle »

Les deux premières demandes correspondent aux deux préalables demandés par Monseigneur Fellay en 2000 et réalisés les 7 juillet 2007 (Motu Proprio Summorum Pontificum) et 21 janvier 2009 (levée d’excommunication). La dernière demande, l’octroi d’une prélature personne, intervenait trois ans après l’obtention par l’Opus Dei d’une prélature personnelle. C'était en 1982. C’est la seule société ayant bénéficié de cette structure jusqu’ici. Cette dernière a été prévue par le décret conciliaire Presbyterorum ordinis. Dans la lettre qu’il adressait au cardinal Gagnon le 21 novembre 1987 pour établir une structure reconnue par Rome, Mgr Lefebvre en citait le paragraphe 10 pour justifier de l’octroi d’un tel statut à la Fraternité :

« Il pourra être utile de créer à cette fin des séminaires internationaux, diocèses particuliers, prélatures personnelles, et autres institutions auxquelles les prêtres pourront être affectés ou incardinés pour le bien de toute l’Église ».

On notera d’ailleurs que, en proposant de créer des séminaires internationaux et en établissant une années de spiritualité, ce décret conciliaire était la référence sur laquelle s'appuyait Mgr Lefebvre en affirmant que les séminaires de la Fraternité avaient été les seuls à appliquer les textes conciliaires sur la formation sacerdotale.



mardi 27 septembre 2016

Mgr Lefebvre : Imaginez-vous que demain nous puissions dire librement nos messes dans les églises ?

Au début du pontificat de Jean-Paul II, Mgr Marcel Lefebvre a adressé au pape des propositions concrètes pour parvenir à une régularisation de la Fraternité Saint-Pie X. Il demandait notamment la liberté pour les prêtres de célébrer la messe traditionnelle et le refus explicite de célébrer la nouvelle. À l’époque, le recours à l’ancien missel était purement et simplement interdit. On voit ainsi que l’œuvre n’a guère varié dans ses demandes avant de voir concrétiser son statut : ce fut toujours la liberté de pouvoir célébrer selon le missel de 1962 et la suppression des peines canoniques portées jusque là. Dans une pétition adressée en 1985, la Maison Générale de la Fraternité faisait une demande semblable au Saint-Siège. Ces deux points devinrent les préalables posés par Mgr Fellay et qui furent accordés les 7 juillet 2007 et 21 janvier 2009. Ce qui est intéressant dans la conférence que Mgr Lefebvre fit le 16 janvier 1979 à Écône, c’est qu’il y présente l’intérêt pour ses prêtres de pouvoir déployer leur apostolat de façon reconnue. Si cette situation ne peut être obtenue au prix de l’inacceptable, elle demeure néanmoins souhaitable à ses yeux et il demande de ne pas négliger cet aspect. Il en va du salut de nombreuses âmes. 
« Que fera le pape ? Je n’en sais rien. Aurons-nous une condamnation encore plus grande, une condamnation plus forte ? Eh bien, ce sera une condamnation plus forte. Je ne peux pas changer, c’est absolument impossible ! Je ne puis pas dire que ce qui est mauvais, est bon. C’est impossible. Je ne peux pas, moi, m’empoisonner tout doucement, je ne veux pas détruire l’Église. Nous nous retrouverons comme nous sommes. Peut-être, serai-je excommunié à ce moment-là, je n’en sais rien ! C’est possible. Mais je n’ai pas peur de cette excommunication car je sais qu’elle ne vaudra rien, comme j’ai dit que les autres peines ne valaient rien.

« Mais je cherche à imaginer au contraire qu’il accepte : ‘- Bon, et bien on vous laisse libres, on laisse libres les prêtres’. Eh bien, je vous assure que ce serait, pour l’Église, une chose extraordinaire, parce que ce serait la Tradition qui reprendrait le dessus dans l’Église. Nous n’avons pas le droit de manquer une chance comme celle-là tout de même ! Cela, ça ne dépend pas de moi parce qu’il est certain qu’actuellement nous sommes tout de même enfermés. On nous ferme les portes des églises, on nous ferme les portes des chapelles, on nous tracasse de partout, on nous poursuit de partout. Imaginez-vous que demain nous puissions dire librement nos messes dans les églises, avec les fidèles qui veulent venir assister à nos offices ? Mais, cela changerait énormément et immédiatement toute la situation des fidèles et de l’Église. Ce serait considérable, n’est-ce pas ? Alors nous ne pouvons tout de même pas nous permettre de considérer cela comme négligeable avec tout ce que cela représente, comme les âmes qui se sauveront, le nombre d’âmes considérable qui se sauveront de nouveau ! »


vendredi 4 décembre 2015

Mgr Lefebvre participe à l’Année Sainte à Rome

En 1975, Paul VI ouvrait la porte de Saint-Pierre pour l’Année Sainte. Partout le pontife romain rattachait le Jubilé au concile Vatican II dont le monde tout nouvellement imbu des idées du Concile célébrait le dixième anniversaire. L’heure était encore à l’euphorie. Presque chaque semaine, le pape Montini martelait comme un leitmotiv le lien étroit entre Concile et Jubilé : « Dix ans après la fin du Concile œcuménique Vatican II, l’Année Sainte nous semble devoir en quelque sorte marquer l’achèvement d’un temps consacré à la réflexion et à la réforme »[1]. Il ajoutait même que ce jubilé devait être centré sur la compréhension du Concile : « Quelle est la charrue de l’Année Sainte ? C’est le Concile que l’on peut considérer comme cultivant avec amour le grand champ de l’Eglise, puis le champ, plus vaste encore, de l’humanité[2] ».


L’attitude de Mgr Lefebvre consistait-elle à rester braqué sur ces dispositions sous prétexte que le message du Concile était prédominant et qu’il fallait jeter toute la soupe empoisonnée ? La force d’âme du prélat et l’esprit de discernement ont heureusement prévalu :

« Malgré tous les bruits, ce que les journaux, la radio et autres ont pu dire sur ce fameux pèlerinage qui a causé tant d’émoi parmi les groupes traditionalistes, eh bien je pense que le pèlerinage va quand même se réaliser ! »[3]

Et le fondateur de la Fraternité de présenter les conditions de ce grand pèlerinage, sous les applaudissements de ses séminaristes :

« Il est évident que la condition c’est que les messes auxquelles assisteront ces pèlerins soient des messes de saint Pie V mais ces messes seront dites dans diverses paroisses de Rome, là où on les dit habituellement encore maintenant ; donc les pèlerins se disperseraient suivant l’implantation dans Rome et se regrouperaient pour les messes de saint Pie V dans ces différentes paroisses où on les dit déjà encore actuellement et puis nous irions visiter les sept basiliques de Rome où nous essayerions d’avoir une bénédiction du Saint-Sacrement avec le chant du Credo et, peut-être au moins dans une des Basiliques, la récitation – enfin la proclamation – du serment anti-moderniste pour affirmer notre foi ! »[4]

Mgr Lefebvre présentait ensuite l’esprit de ce pèlerinage :

« Ce sera plutôt un voyage de pénitence, mais faites-le vraiment dans cet esprit de réparation pour tous les sacrilèges, pour tout ce qui se passe actuellement dans l’Église qui doit certainement attirer des malédictions sur l’humanité ! Et donc dans la mesure où il y a quelques justes encore qui prient et qui font pénitence, le Bon Dieu montrera peut-être un peu de miséricorde pour cette pauvre humanité qui s’en va vers sa perte ! »[5]

Faudrait-il qu’aujourd’hui la crise ait fait des ravages dans les mentalités au point qu’on craigne de témoigner de peur de se laisser contaminer ? Ne trouvera-t-on même plus ces quelques justes pour quémander cette miséricorde divine sous prétexte qu’ils considèrent ne plus vraiment être les héritiers de Rome (car Rome est toujours dans Rome) et qu’ils pensent pactiser en passant la Porte Sainte ? Le diable tend un piège aux catholiques et se frotte les mains à l’idée qu’ils se priveront des grâces du jubilé, des indulgences pour leurs vies et celles de leurs proches et se laisseront emporter par une animosité déraisonnée. Il ne s’agit pas aujourd’hui d’un jubilé du dialogue interreligieux ou des droits de l’homme mais d’une réalité bien catholique, quand bien même elle serait mal interprétée par les autorités dans l’Église : la miséricorde. Ni cette vertu ni les jubilés n’ont été institués par le Concile, encore moins par le Synode. « Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde » disait il y a deux mille ans Notre Seigneur Jésus Christ.


[1] Paul VI, Bulle Apostolorum limina, 23 mai 1974.
[2] Paul VI, audience du 30 avril 1975.
[3] Mgr Marcel Lefebvre, conférence aux séminaristes, Écône, janvier 1975.
[4] Mgr Marcel Lefebvre, conférence aux séminaristes, Écône, 23 décembre 1974.
[5] Mgr Marcel Lefebvre, conférence aux séminaristes, Écône, janvier 1975.


mercredi 17 juin 2015

Abbé Richard Williamson : Prions pour que le pape donne juridiction à la Fraternité Saint-Pie X !

Le 8 décembre 1987, Mgr Lefebvre recevait à Écône le cardinal Édouard Gagnon, venu de Rome inspecter les lieux de culte de la Fraternité Saint-Pie X et des communautés amies. L’heure n’était pas à l’aveuglement. Au cours de l’été, l’archevêque avait fait état de nets différends avec le cardinal Ratzinger à propos de la liberté religieuse et un an auparavant, il s’était alarmé face au scandale d’Assise. Néanmoins la visite cardinalice était un motif de réjouissance car elle démontrait de façon très publique le désir de maintenir des liens visibles avec la hiérarchie, même si celle-ci était constituée de membres souvent égarés par les nouvelles normes de la période post-conciliaire. Ce même jour de la fête de l’Immaculée Conception, de l’autre côté de l’Atlantique, l’abbé Richard Williamson, directeur du séminaire américain de Ridgefield, engageait ses séminaristes à prier instamment pour que la régularité canonique, injustement déniée à la Fraternité, lui soit rendue :

« Prions pour la Fraternité ! Prions en particulier pour le cardinal Gagnon qui revient aujourd’hui au séminaire de la Fraternité en Suisse, après avoir terminé sa visite d’un mois dans les maisons de la Fraternité en Suisse, en France et en Allemagne. Prions pour lui, lorsqu’il rédigera son rapport sur la Fraternité à l’intention du Saint-Père, afin qu’il présente la vérité de telle sorte qu’il gagne l’approbation du pape. Prions pour le pape pour qu’il puisse faire ce qu’il devrait clairement faire : donner la juridiction et un statut à la Fraternité, laquelle le mérite entièrement. Ceci est absolument nécessaire pour le bien de l’Église universelle, sans parler de la Fraternité. »


Dans ces quelques lignes sont absentes les fausses idées élaborées a posteriori selon lesquelles les autorités romaines seraient totalement étrangères à l’Église catholique, qu’il faudrait que la Fraternité rompe toute relation avec le Saint-Siège ou encore qu’elle s’éloigne une bonne fois pour toutes de ses représentants. Bien au contraire, tout au long des dernières décennies qu’il a vécues ici bas, Mgr Lefebvre était animé par le double désir de sauvegarder la Tradition bimillénaire de l’Église tout en réclamant la justice d’en faire l’expérience sans entrave. C’est à ses successeurs à la tête de l’œuvre qu’il a fondée qu’il a confié la mission de déceler ces entraves permettant ou non l’expérience reconnue de la Tradition.

mardi 14 avril 2015

De quand datent les fameux « préalables » de la FSSPX ?

Communément, il semblerait que les préalables de la libération du missel de 1962 et de la levée d’excommunication qui ont abouti aux deux grands actes pontificaux du pape Benoît XVI des 7 juillet 2007 et 21 janvier 2009 aient eu pour origine une réunion sise à la Maison Générale de la Fraternité Saint Pie X en 2000, sous le premier supériorat de Mgr Fellay.

Pourtant ces requêtes étaient des demandes fort anciennes dont on retrouve des traces dans les lettres adressées par Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger et qui étaient très explicitement formulées dans une pétition diffusée dans les différentes revues de la Fraternité et déposée à Rome le 26 mars 1985 par le supérieur général, l'abbé Franz Schmidberger. L’œuvre de Mgr Lefebvre sollicitait tout simplement ce qui est advenu en 2007 puis en 2009 : la possibilité pour tout prêtre de célébrer librement selon le missel de 1962. A l’époque, aucun décret d’excommunication n’était prononcé, mais la pétition demandait cependant que cessent les sanctions pesant sur les clercs de la Fraternité. Dans cette missive, ses organes faisaient même une exigence unanime, sans que nul ne sourcillât, que la Fraternité soit établie en prélature personnelle.

On pourra s’étonner que Mgr Lefebvre ait laissé diffuser une pétition. En réalité, elle a tout d’une supplique. Par ailleurs, au cours du Concile, l’archevêque avait suscité une pareille initiative en direction de Paul VI pour condamner le communisme. On sait que la pétition en question se perdit dans quelque tiroir du Vatican.


Voici le texte de la pétition de 1985 :



Pétition au Saint-Père

Très Saint Père,

La circulaire de la Sacrée Congrégation pour le Culte Divin en date du 3 octobre 1984 nous apporte une lueur d’espérance en réhabilitant l’usage public de la Sainte Messe selon l’ancien et multiséculaire rite romain qui a sanctifié tant de générations.

Nous exprimons à Votre Sainteté notre reconnaissance, regrettant toutefois qu’aient été apposées des conditions qui rendent cette mesure quasi-inefficace.

Persuadés que le retour à la Messe Romaine traditionnelle sera la source de grâces abondantes pour la rénovation de l’Église, nous Vous demandons respectueusement et filialement :

1. Que soit reconnue à tout prêtre la liberté d’utiliser le Missel Romain et les livres liturgiques en vigueur en 1962.
2. Qu’à cet effet cesse, pour Son Excellence Monseigneur Lefebvre et ses prêtres, l’injuste situation dans laquelle on les a placés.
3. Que la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X soit reconnue dans l’Eglise comme société de droit pontifical et prélature personnelle.

Fils et filles de l’Eglise Catholique et Romaine désireux d’œuvrer à l’instauration du Règne de Jésus-Christ et au triomphe du Cœur Immaculé de Marie, nous présentons avec confiance notre requête au Vicaire du Christ.

Daigne Votre Sainteté l’agréer et nous bénir.

in Fideliter N°43, janvier-février 1985, pp. 17-18.

mardi 31 mars 2015

Mgr Lefebvre : Évitons les dispositions de rupture et d'opposition à l'Église

Lorsqu’il entrevoyait la résolution de la crise, Mgr Lefebvre ne voyait pas le monde catholique redevenir traditionnel du jour au lendemain, comme par enchantement. Il prévoyait des étapes et parlait même de « situation hybride » et intermédiaire, abordant même le concept de « paroisse personnelle ». Les régressions sous l’actuel pontificat ne doivent pas nous décourager outre-mesure ni nous pousser à poser des jugements emportés et catégoriques. Le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X reconnaissait d’ailleurs n’avoir pas le don de prophétie et affirmait donc ne pas pouvoir prédire l’avenir. En revanche, il rejetait sans état d’âme les « dispositions de rupture » et celles qui consistent à s’opposer pour s’opposer, en refusant toute amélioration intermédiaire :

« Quand on verra que nos prieurés, que nos paroisses ne prêchent que la vérité, ne manifestent que les vertus de Notre Seigneur, alors il n'est pas possible que n’advienne pas le jour où les évêques diront : " Qu'est-ce qu'on peut leur reprocher ? Ils enseignent la doctrine de l'Église, ils enseignent les vertus de l'Église, ils ont le rite que l'Église a toujours pratiqué, ils ont les sacrements que l'Église a toujours enseignés. Que peut-on leur reprocher ? Rien ". Mais ne pouvant rien reprocher, il n'est pas possible qu'un jour les évêques conscients de leur charge ne finissent par dire : " Eh bien, oui, on est obligés de les reconnaître. Et cette paroisse est désormais reconnue ", même peut-être dans une situation un peu hybride, dans la mesure où ils diraient : " Les paroisses actuelles continuent dans ce qu'elles ont fait jusqu'à présent, mais nous reconnaissons cette paroisse personnelle pour toutes les personnes qui veulent y venir et fréquenter les prêtres, nous les reconnaissons aussi ". Ce serait peut-être une solution, je dirais une étape, peut-être, je n'en sais rien, je ne connais pas l'avenir, je ne suis pas prophète. Mais c'est possible. En tout cas, il faut être dans ces dispositions et non pas dans une disposition de rupture et une disposition d'opposition pour opposition, d'opposition à l'Église, pas le moins du monde ».
 
Mgr Marcel Lefebvre, 3 avril 1977, in DICI n°7

mercredi 25 mars 2015

Il y a 24 ans, Mgr Lefebvre était rappelé à Dieu

Voici un témoignage de l’abbé Victor-Alain Berto, son théologien au Concile :
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« J'avais l'honneur, très grand et très immérité, je le dis devant Dieu, d'être son théologien. Le secret que j'ai juré couvre le travail que j'ai fait sous lui, mais je ne trahis aucun secret en vous disant que Mgr Lefebvre est un théologien, et de beaucoup supérieur à son propre théologien - et plût à Dieu que tous les Pères le fussent au degré où il est ! II a un « habitus » théologique parfaitement sûr et affiné, auquel sa très grande piété envers le Saint-Siège ajoute cette « connaturalité » qui permet, avant même que l'habitus discursif intervienne, de discerner d'intuition ce qui est et ce qui n'est pas compossible avec les prérogatives souveraines du Rocher de l'Eglise.
 « Il ne ressemble en rien à ces Pères qui, comme l'un d'eux a eu le front de s'en vanter publiquement, prenaient des mains d'un « peritus », dans la voiture même qui les amenait à Saint-Pierre, le texte « tout cuit » de leur invention « in aula ». Pas une fois je ne lui ai soumis un mémoire, une note, un canevas, sans qu'il les ait revus, rebrassés, repensés et parfois refaits de fond en comble, de son travail personnel et assidu,. Je n'ai pas « collaboré » avec lui ; si le mot était français, je dirais que j'ai vraiment « sublaboré » avec lui, selon mon rang de théologien particulier et selon son honneur et sa dignité de Père d'un Concile œcuménique, Juge et Docteur de la Foi avec le Pontife Romain...» (le 3 janvier 1964).
in Fideliter N°81, mai-juin 1991, pp. 31-32 

dimanche 22 mars 2015

Il s'appelle Marcel Lefebvre

Le reportage qui suit à été réalisé en 1975 au séminaire d'Ecône. On y retrouve notamment Mgr Marcel Lefebvre, et quelques séminaristes connus de l'époque, tels que Philippe Laguérie ou Richard Williamson.

lundi 9 février 2015

Mgr Lefebvre : Prudence dans le jugement

La situation actuelle est assez confuse pour que nous n’ayons pas à rajouter des dogmes à ceux que l’Église nous demande de croire, expliquait Mgr Lefebvre. Or une tentation serait de devoir prendre position de façon catégorique sur toutes les organisations qui nous environnent. Devant ses séminaristes, Mgr Lefebvre prenait l’exemple de l’Office international des œuvres de formation civique et d'action culturelle selon le droit naturel et chrétien, mouvement fondé par la Cité catholique de Jean Ousset et organisateur des célèbres congrès de Lausanne, lequel avait vaillamment accompagné l’action de l’archevêque au cours du Concile et dans ses essais de restauration sacerdotale. Par la suite, ses dirigeants ont glissé, ils ont mis entre parenthèses certaines doctrines et n’ont pas voulu prendre position sur la messe. Fallait-il en faire des ennemis à honnir et à déconsidérer ? Déjà, plusieurs esprits du mouvement traditionnel, devançant le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X, diffusèrent une brochure éditée par le monastère Saint-Joseph de Clairval, dont l’auteur resta anonyme, afin de dénoncer l'organisation sous le titre : «  Une fausse contre-révolution : l’Office ? ». A la fin de l’année 1976, à l’heure où certains mouvements s’éloignaient du fait de la suspens a divinis prononcée contre Mgr Lefebvre, ce dernier invitait ses séminaristes à la prudence dans le jugement et à ne pas rajouter de nouveaux dogmes à ceux que l’Église nous enseigne.

« S’il reste encore des questions disputées, c’est possible, c’est certain même : Il y a encore des questions qui sont disputées, il y a des questions qui ne sont pas définies encore dans l’Église. Mais je pense qu’il y a suffisamment de dogmes, suffisamment de vérités définies dans tous les domaines pour que nous ayons un jugement bien formé et que nous puissions connaître vraiment la vérité que l’Église nous enseigne. Évidemment, nous sommes confrontés maintenant à une telle situation dans l’Église, à de telles discussions, à de telles remises en question que certains pourraient parfois hésiter sur ce qui est vraiment la vérité enseignée par l’Église et ce qui est le champ ou le domaine des idées libres et discutables.[…]

« Vous pouvez discuter. Mais parce que votre confrère n’est pas absolument du même avis sur un article de Permanences, « Avez-vous lu cet article de Permanences ? Qu’est-ce que vous en pensez ? Ah, vous n’êtes pas de cet avis-là ? Ah, vous n’avez pas le droit ! » Et on commence à se disputer. Mais non quand même ! Est-ce que c’est indispensable ? Est-ce que cela fait partie de la doctrine qui vous est enseignée au séminaire ? Vous pouvez tout de même avoir quelques opinions différentes, quelques nuances dans vos opinions à ce sujet-là. C’est un problème intéressant, c’est un problème, au moins pour les Français, auquel vous serez confrontés, pour d’autres pays peut-être aussi, mais c’est surtout pour la France. Donc que vous vous renseignez un peu sur ce problème que vous entendiez un confrère qui vous dise cela, un autre confrère qui vous parle un peu autrement, très bien, vous vous ferez petit à petit une opinion, et quand vous aurez plus tard à juger de ces affaires-là vous jugerez, mais attendez.

« Même si quelqu’un pendant les vacances vous demande : qu’est-ce que vous pensez de l’Office [international] ? Dites tout simplement : je ne sais pas, je ne suis pas très informé. Vous pouvez très bien dire : je ne suis pas très informé, je discute, je ne sais pas exactement, je n’ai pas une connaissance parfaite du problème, j’ai entendu dire ceci, j’ai entendu dire cela, mais vous n’êtes pas obligé d’avoir une opinion. Cela ne fait pas partie des dogmes de notre foi. Vous pouvez très bien ne pas le savoir, sans être de grands ignorants. Et ce sont des problèmes très délicats qu’il ne faut pas aborder sans une réelle connaissance et qu’il ne faut pas juger sans une réelle connaissance. Parce qu’on peut facilement se tromper dans ses jugements.

« Pour ma part, personnellement, je vous avoue que je suis très prudent dans mes jugements quand on me parle de ces choses-là. Je reconnais que pour ce que je puis savoir de la situation de l’Office, comme je vous l’ai déjà dit, on a assisté certainement à un certain glissement dans les idées de l’Office, glissement vers certains compromis, certaines idées moins claires, moins nettes, moins affirmées comme le règne de Notre-Seigneur qui autrefois dans le Pour qu’Il règne était affirmé d’une manière plus forte, plus ferme. On a supprimé certaines choses. Il y a certainement une certaine tendance de ce côté-là. Il y a eu peut-être un manque de prise de position vis-à-vis du catéchisme, même vis-à-vis de la messe qui ont laissé un certain flottement dans l’Office, alors qui créent une certaine gêne, une certaine gêne pour beaucoup de personnes.

« Alors est-ce qu’il faut dire tout de suite : « Tous ces gens-là sont des gens qu’il faut honnir avec lesquels il ne faut plus avoir aucune relation, ce sont tous des ennemis de l’Eglise » ? Non, tout de même ! Il ne faut pas tout de suite passer de certaines constatations aux conséquences ultimes, c’est le meilleur moyen d’éloigner tous ces gens-là et de ne jamais arriver à les convertir, de ne jamais arriver à les ramener à la vérité, de ne jamais les ramener à plus de fermeté, c’est certain. Mais il faut expliquer cette situation, il faut l’expliquer et la comprendre un peu parce qu’ils ont été abandonnés par les Pères de Chabeuil qui leur donnaient des conseils très justifiés autrefois. Et puis ces Pères de Chabeuil ont viré complètement vers les solutions modernes, le progrès, les nouveautés, et évidemment cela a été préjudiciable pour l’Office. C’est un fait. Je donne un exemple pour l’Office. Ensuite vous pouvez avoir différentes opinions sur une chose qui peut provoquer certaines discussions parmi vous. »



samedi 24 janvier 2015

Renaissance de l'église Notre-Dame-des-Anges de Tourcoing

L'église Notre-Dame-des-Anges était l'église paroissiale de la famille Lefebvre, qui habitait dans la même rue, à quelques numéros. C'est là que Mgr Lefebvre reçut la consécration épiscopale le 18 septembre 1947, comme le rappelle un panneau à l'entrée. Bien délabré et fermé pendant un temps, le sanctuaire semble revivre et susciter l'intérêt, du moins artistique.


dimanche 18 janvier 2015

Mgr Lefebvre : « Ne pas tout jeter par-dessus bord »


Dans une conférence dispensée aux séminaristes d’Écône le 2 décembre 1982, Mgr Marcel Lefebvre mettait en garde contre un abandon du sens de l’Église. Une vision trop humaine des choses, qui perdrait de vue la dimension divine du Corps mystique du Christ, pourrait conduire hâtivement à tout envoyer au loin, en se contentant de son univers particulier, en ne voyant plus dans l’Église qu’un vulgaire combat politique, en considérant les membres de la hiérarchie comme autant d’étrangers, selon une logique dont l’aboutissement serait le sédévacantisme, plus ou moins avoué. Pour Mgr Lefebvre, cette perte de discernement est un piège et l’œuvre du démon.

« Nous devons tenir ferme et ne pas nous laisser entraîner par une dureté, une crispation – je dirais sentimentale – contre cette situation qui est évidemment une situation terrible pour l’Église. Alors on peut avoir cette tendance dangereuse, à mon sens, de tout rejeter. Rejeter toute hiérarchie, le pape, les évêques, les cardinaux. On ne veut plus rien savoir, c’est fini, cela ne vaut plus rien, il n’y a rien à faire. Cela, c’est une tendance qui peut être assez naturelle. Évidemment nous souffrons tous de cette situation, énormément. Mais on ne doit pas, parce que nous souffrons, tout jeter par-dessus bord et par le fait même ruiner la possibilité de revenir à un état normal. S’il n’y plus les cadres dans lesquels la normalité peut se rétablir et se faire, comment allons-nous la rétablir ? Alors en faisant un pape, en faisant des cardinaux, comme Palmar de Troya, par exemple ? C’est de la folie. Ou comme Saint-Jovite au Canada ou, comme ils sont près malheureusement à le faire en Amérique, ceux qui ont ces idées-là. Cela n’a pas de sens, c’est le véritable schisme et c’est faire l’œuvre du diable, c’est sûr, ce n’est pas l’œuvre du Saint-Esprit. » (Mgr Lefebvre, 2 décembre 1982).

A l’occasion du XIIe Congrès du Courrier de Rome, Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X a repris cette thématique. Plus de trente ans après, la situation demeurant confuse, les dangers auxquels nous sommes exposés restent les mêmes et nous pouvons nous laisser attirer par des oppositions binaires qui nous pousseront à ne plus faire aucun cas du reste de l’Église, en raison d’une perte de sa dimension surnaturelle :

« Il y a un risque pour nous de voir seulement le côté humain, le côté misérable, tout spécialement aujourd’hui. La situation de l’Église est pénible, triste. Elle confond, c’est-à-dire qu’elle est confuse et la tentation est grande de prendre le moyen humain et de tout balancer. Mais c’est un moyen humain. Pour l’amour du Ciel ! Ce n’est pas comme cela qu’il faut faire. Il ne faut pas tout balancer, même si nous sommes profondément choqués par tel ou tel acte, par une dérive invraisemblable, par beaucoup de choses que l’on voit aujourd’hui. Il n’est certainement pas juste de dire : « On n’a plus rien à faire avec cela ». Si on se limitait au côté humain, peut-être, mais de dire simplement : « Tout cela, ce n’est pas l’Église », c’est avoir confondu un arbre qui cachait la forêt ou, cette fois-ci dans l’autre sens : On a oublié la forêt parce qu’on a vu un arbre malade. Il faut maintenir avec beaucoup de force, surtout aujourd’hui quand on voit l’Église malade, que c’est l’Église de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est son Église. Alors on ne va pas attribuer aux éléments malheureux, déficients, cette définition. Mais on va dire : Là, derrière, il y a encore l’Église. Cette Église est encore là. Elle n’a pas disparu. Cela ne veut pas dire qu’il faut avaler le poison. Mais cela veut dire qu’il faut maintenir une relation à l’Église qui soit correcte. Nous sommes catholiques, catholiques romains et nous le restons. » (Mgr Fellay, 11 janvier 2015)


samedi 29 novembre 2014

Mgr Lefebvre naquit il y a 109 ans

« D'après tous les témoignages oraux et écrits que j'ai pu recueillir de ceux qui étaient au Séminaire français à cette époque, l'abbé Marcel Lefebvre ne prit jamais part aux discussions sur l'Action française. D'ailleurs jamais le Père Le Floch ne parla de Maurras dans ses conférences. La sainte théologie sur la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ et toute la doctrine sociale de l'Eglise se suffisaient bien à elles seules. Ajoutons que notre séminariste était plutôt effacé, doux, régulier.

« Au bout de quelques semaines de séminaires presque tous avaient un surnom, les Français restent les Français. Ainsi l’abbé Elchinger (1), c’était « le bel Artur », l’abbé Marcel Lefebvre c’était « l’Ange » du séminaire, car m’a dit un des anciens, « il s’imposait par sa piété, son esprit d’obéissance et son ardeur au travail ». Il fut sacristain, puis premier cérémoniaire sous la direction du célèbre père Heguy, une sommité en liturgie. Or, à Rome, au grand Séminaire français, la fonction de sacristain qui suppose l’autorisation de toucher les vases sacrés, ainsi que celle du cérémoniaire, n’étaient réservées qu’aux élèves modèles. »

« C’est à cette époque que se situe la prédiction mystérieuse faite par le pape Pie XI au futur archevêque. Un groupe de pèlerins s’était vu accorder la faveur d’une audience privée. Monsieur et Madame Lefebvre étaient du nombre, ainsi qu’un de leur fils, Monsieur l’abbé Marcel, alors sous-diacre. Les visiteurs se tenaient debout en demi-cercle dans la salle d’audience. Le pape en faisant lentement le tour, félicitant certains et les bénissant. L’abbé Marcel glissa un mot au maître de cérémonie : Pourriez-vous signaler à Sa Sainteté que je lui serais reconnaissant de bien vouloir bénir mes chers parents qui ont cinq enfants dans les ordres.

« Le Saint-Père de s’approcher alors et de poser les deux mains sur la tête du jeune abbé tout en disant à haute voix : « Vous avez bien mérité de l’Église ». Comment convient-il d’interpréter ces paroles ? Était-ce là un simple compliment formulé à l’adresse des parents, dans la direction desquels le regard du Saint-Père venait de se tourner ? Était-ce en même temps une prophétie secrètement destinée à la jeune tête qu’il venait de bénir ? C’était là un mystère que l’avenir éclairera peut-être. »

Père Jean-Jacques Marziac, Monseigneur Marcel Lefebvre, soleil levant ou couchant ?, NEL, 1979, pp. 81-82

vendredi 21 novembre 2014

Version sonore de la déclaration de Mgr Lefebvre du 21 novembre 1974

Mgr Lefebvre rédige cette déclaration dans la foulée de la visite de NN.SS. Onclin et Deschamps, envoyés de Rome, qui ont quitté le séminaire d'Ecône dix jours auparavant. Leurs propos, notamment sur les dogmes, avaient scandalisé le fondateur de la FSSPX et ses futurs prêtres.

lundi 10 novembre 2014

Mgr Lefebvre : Vivons davantage dans cette vertu d’espérance

« On néglige trop souvent la vertu d’espérance. Voyez, on parle de la foi, on parle de la charité. On néglige assez facilement la vertu d’espérance, c’est un tort parce que la vertu d’espérance est vraiment la vertu du pèlerin. Elle est la vertu de celui qui est en marche. Elle est la vertu de celui qui pense au but vers lequel il se dirige, vers lequel il marche. Or, cela devrait être tellement naturel, je dirais : Quelqu’un qui se met en voyage, il n’a d’autre idée, au cours de son voyage, que d’arriver au but qu’il s’est proposé d’atteindre. C’est évident, c’est clair. Sinon, quand on lui demande – Où est-ce que tu te diriges ? Où est-ce que tu vas ? – Eh bien, je ne sais pas, je n’y pense pas, je n’y ai pas pensé.

« Cela va de soi, si on demande à un voyageur où il va, il dira : - Je vais voir ceci, je vais voir cela, je vais rencontrer un tel. Il est tout le temps fixé sur le but vers lequel il va. Alors c’est un peu surprenant de ne pas suffisamment penser, réfléchir, méditer, sur le but vers lequel on se dirige. Ce serait tellement naturel d’y penser constamment parce que nous sommes toujours en chemin. Nous sommes in via, nous sommes des viateurs.

« Alors l’espérance, c’est vraiment la pensée du ciel. Là encore, le Saint-Sacrifice de la Messe nous met en contact avec le ciel. Notre-Seigneur nous ouvre les portes du ciel, et c’est l’éternité vers laquelle nous marchons. Il nous rapproche l’éternité, par sa croix. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à parler souvent aux fidèles de leurs fins dernières, du ciel, de la Trinité Sainte, de l’état des âmes au ciel, des élus, des anges, de la Vierge Marie présente au ciel, de tous les saints, de la communion des saints dans le ciel. Parler aussi de notre ange gardien qui, lui, voit le ciel, comme dit Notre-Seigneur : - Il ne faut pas scandaliser ces enfants dont les anges voient Dieu. Donc notre ange gardien, lui, voit Dieu. Il n’espère pas seulement, il y est, lui. Alors demandons-lui de nous aider à penser au ciel et à vivre davantage dans cette vertu d’espérance. »

Ecône, conférence aux futurs diacres, 1er juin 1990



samedi 1 novembre 2014

Mgr Lefebvre : Un enfermement psychologique ne doit pas rendre impossible le retour à la normale

« Comment envisager le retour à une situation normale ? » s’interrogeait Mgr Lefebvre devant les séminaristes. Certes, il y a les conditions juridiques, reconnaissait-il. Mais elles ne dépendent pas vraiment de nous. En revanche, les conditions psychologiques sont de notre fait. Le repli sur nous-mêmes, l'outrance ou même la désinvolture à l'égard de la hiérarchie peuvent malheureusement nous rendre incapables d’amorcer un jour un retour à la normale. Le problème est toujours d’actualité puisque devant le scandale, nous sommes tentés d’user de jugements emportés, dialectiques et lourds de conséquences à l’égard de la hiérarchie de l’Église, et notamment du pontife romain. Voici ce que Mgr Lefebvre disait le 22 mars 1977 devant les séminaristes d'Écône :

« Comment envisager le retour à une situation normale ?  Evidemment il faudrait être prophète pour savoir répondre à cette question. Les circonstances peuvent être différentes, je ne sais pas. Mais en tout cas, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour éviter ce qui pourrait rendre, je dirais, le retour à la normale difficile.

« Ce retour à la normale difficile est plutôt dans des conditions psychologiques plus que dans des conditions juridiques, parce que dans des conditions juridiques, qui est sorti de la normale ? Qui n’est plus dans l’état normal ? Qui s’est mis dans l’état hors la loi, d’une certaine manière ? Pas nous. On nous met hors la loi. Mais ce sont ceux qui se sont mis hors la loi qui nous mettent hors la loi. Ce sont eux-mêmes qui ont choisi ce chemin-là. Ils ont choisi pratiquement des nouveautés, un chemin qui les écarte pratiquement de la Tradition et qui les met dans une situation pratiquement schismatique, ou enfin à peu près schismatique, allant toujours davantage en s’éloignant de ce que toute la Tradition nous a enseigné. Nous, au contraire, nous continuons dans la ligne de la Tradition. Nous recueillons l’héritage qui s’est passé de siècle en siècle, nous essayons de le conserver le mieux possible, et c’est nous qui sommes pénalisés alors que ceux qui ne gardent pas l’héritage, qui l’abandonnent, qui le dissipent, sont ceux qui nous pénalisent.

« Alors nous devons garder fermement la ligne que nous suivons, ne pas en changer, mais pour ne pas, je dirais, rendre psychologiquement la situation plus difficile parce que, même s’il advient, et c’est ce qu’il faut espérer, qu’un pape futur revienne dans le sillage que nous prenons actuellement, le sillage de la Tradition, eh bien il faudra quand même qu’il ne nous rejette pas non plus, lui qui prendra l’héritage, en disant :

« - Vous avez eu une attitude telle vis-à-vis de ceux qui nous ont précédés, même s’ils n’étaient pas dans la bonne voie, qu’il nous est impossible de vous agréer de nouveau.

« Voyez, c’est pourquoi, personnellement, je n’ai jamais cherché la rupture, comme me le demandait l’abbé de Nantes : - Il faut qu’il y ait un évêque qui rompe avec Rome. Et puis ensuite, au-dessous, il parlait de moi. C’était clair, c’était moi qu’il visait. Moi je ne cherche pas la rupture avec Rome. Même avec ceux qui ne suivent pas la bonne voie, je ne cherche pas la rupture parce que je veux garder cette atmosphère psychologique, encore une fois, qui permette des relations plus faciles. Je ne pense pas qu’on pourra jamais m’accuser, ni accuser la Fraternité, d’avoir eu une attitude insolente, je dirais vraiment odieuse vis-à-vis du Saint-Père. Je ne pense pas avoir eu, ni sous ma plume, ni sur mes lèvres, une seule parole de mépris ou vraiment insultante pour le Saint-Père. Jamais ! Au contraire, je cherche toujours à respecter la personne, tout en étant très ferme pour les idées, en refusant absolument les idées et les choses qui nous sont demandées et qui ne sont pas conformes à la Tradition, de telle manière que le jour où les autorités ecclésiastiques changent, les relations puissent être reprises de manière normale et facile. »


dimanche 26 octobre 2014

Mgr Lefebvre : Le Christ doit régner

« N’oublions jamais que sans la grâce nous ne sommes pas capables d’agir d’une manière parfaite et sainte nous ne garderons même pas longtemps l’honnêteté naturelle, parce que le péché originel a mis le désordre dans notre nature. Alors si l’on dit que Notre Seigneur n’a pas besoin de régner dans la société, les hommes seront laissés à eux-mêmes et ils tomberont doucement dans les mauvaises habitudes, dans le péché. C’est pourquoi la grâce est nécessaire pour qu’une société soit vraiment chrétienne.

« Bien sûr tout ne se détruit pas du jour au lendemain. Après la Révolution, la société n’est pas aussitôt retombée à l’état sauvage. Beaucoup de gens étaient encore chrétiens et il est donc resté encore longtemps une certaine honnêteté on vivait, on circulait sans crainte d’être assassiné, l’immoralité n’avait pas tout envahi. Puis vint la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Est-ce à dire que, puisqu’il y avait des gens honnêtes, même sans culte officiel rendu à Notre Seigneur, l’on pouvait se passer de ce culte et rester honnête ? Eh bien, au bout d’un certain temps, on a commencé à s’apercevoir que le ver était dans le fruit et que tout se gâtait. Et nous assistons presque aux ultimes conséquences de cette absence de religion chrétienne dans les écoles, les universités, l’Etat; la société est toute corrompue : divorces, ménages détruits, enfants livrés à eux-mêmes. Ce sont là les conséquences du naturalisme, du rejet de la royauté de Notre Seigneur.

« Un jour à Mexico, les journalistes me demandaient : “Comment voyez-vous le progrès de la société ? Comment envisagez-vous l’évolution de la société moderne pour aller vers plus de justice, vers une meilleure répartition des biens ?”.

« J’ai répondu : il n’y a pas trente-six systèmes, il y a le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ tant qu’il ne sera pas rétabli, tant que la loi de Notre Seigneur ne sera pas observée, tant que Sa grâce ne pénétrera pas dans les âmes, il sera inutile de chercher à obtenir la justice, la paix, et même à recréer des sociétés normales. Seule la grâce, qui régénère les âmes, engendre la vertu vraie elle fait des hommes des fils de Dieu et avec la charité leur infuse les vertus sociales, sans lesquelles ne se développe que l’envie. C’est facile à constater : aujourd’hui on excite l’envie, on pousse toujours plus les gens à revendiquer des droits. Moi, j’ai le droit d’avoir autant que mon voisin... On excite les hommes les uns contre les autres ; tous doivent obtenir la même chose ! Or l’envie crée la haine, et la haine engendre les dissensions civiles ; c’est la révolution dans les sociétés, les gens s’entre-dévorent.


« Si au contraire, les âmes sont transformées en Notre Seigneur, ceux qui exercent des responsabilités dans l’Etat, ceux qui ont la richesse, des biens, des terres, se montreront plus justes ils seront animés par la vertu de justice, ils comprendront qu’ils ont des devoirs à l’égard de leurs subordonnés. Et ces derniers comprendront qu’ils doivent travailler, accepter leur situation, car nous ne sommes pas sur terre uniquement pour faire fortune ils sauront que la vie surnaturelle vaut beaucoup plus que les biens d’ici-bas. »

Mgr Lefebvre, extraits de C'est moi l'accusé qui devrais vous juger


mardi 21 octobre 2014

Paul VI, pape libéral

« Dans ses Mémoires, publiés par un membre de sa famille, le Cardinal [Daniélou] dit explicitement : « II est évident que Paul VI est un pape libéral ».

« Et c’est la solution qui apparaît la plus vraisemblable historiquement : parce que ce pape-là est comme un fruit du libéralisme, toute sa vie a été imprégnée par l’influence des hommes qui l’entouraient ou qu’il a pris pour maîtres et qui étaient des libéraux.

« Il ne s’est pas caché de ses sympathies libérales : au Concile, les hommes qu’il nomma modérateurs à la place des présidents nommés par Jean XXIII, ces quatre modérateurs furent, avec le cardinal Agagianian, cardinal de Curie sans personnalité, les cardinaux Lercaro, Suenens et Dopfner, tous trois libéraux et ses amis. Les présidents furent relégués en arrière, à la table d’honneur, et ce furent ces trois modérateurs qui dirigèrent les débats du Concile. De même Paul VI soutint pendant tout le Concile la faction libérale qui s’opposait à la tradition de l’Eglise. Cela est connu. Paul VI a répété - je vous l’ai cité - les paroles de Lamennais, textuellement, à la fin du Concile : « l’Eglise ne demande que la liberté » ; doctrine condamnée par Grégoire XVI et Pie IX !

« On ne peut nier que Paul VI n’ait été très fortement marqué par le libéralisme. Cela explique l’évolution historique vécue par l’Eglise en ces dernières décades, et cela caractérise très bien le comportement personnel de Paul VI. Le libéral, vous ai-je dit, est un homme qui vit perpétuellement dans la contradiction : il affirme les principes, mais fait le contraire, il est perpétuellement dans l’incohérence. […]

« Le 7 mars 1965, il déclarait aux fidèles massés sur la place Saint-Pierre :

« C’est un sacrifice que l’Eglise accomplit en renonçant au latin, langue sacrée, belle, expressive, élégante. Elle a sacrifié des siècles de tradition et d’unité de la langue pour une aspiration toujours plus grande à l’universalité ».

« Et le 4 mai 1967, ce « sacrifice » était accompli, par l’Instruction Tres abhinc annos qui établissait l’usage de la langue vulgaire pour la récitation, à voix haute, du Canon de la messe. Ce « sacrifice », dans l’esprit de Paul VI, semble avoir été définitif. Il s’en expliqua de nouveau, le 26 novembre 1969, en présentant le nouveau rite de la messe :

« Ce n’est plus le latin, mais la langue courante, qui sera la langue principale de la messe. Pour quiconque connaît la beauté, la puissance du latin, son aptitude à exprimer les choses sacrées, ce sera certainement un grand sacrifice de le voir remplacé par la langue courante. Nous perdons la langue des siècles chrétiens, nous devenons comme des intrus et des profanes dans le domaine littéraire de l’expression sacrée. Nous perdons ainsi en grande partie cette admirable et incomparable richesse artistique et spirituelle qu’est le chant grégorien. Nous avons, certes, raison d’en éprouver des regrets et presque du désarroi ».

« Tout devrait donc dissuader Paul VI d’opérer ce « sacrifice »  et le persuader de garder le latin. Mais non ; se complaisant dans son « désarroi » d’une façon singulièrement masochiste, il va agir au rebours des principes qu’il vient d’énumérer, et décréter le « sacrifice » au nom de la compréhension de la prière », argument spécieux qui ne fut que le prétexte des modernistes :

« Jamais le latin liturgique ne fut un obstacle à la conversion des infidèles ou à leur éducation chrétienne, bien au contraire, les peuples simples d’Afrique et d’Asie aiment le chant grégorien et cette langue une et sacrée, signe de leur appartenance à la catholicité. Et l’expérience prouve que là où le latin ne fut pas imposé par les missionnaires de l’Eglise latine, là des germes des schismes futurs furent déposés. - Paul VI prononce alors la sentence contradictoire :

« La réponse semble banale et prosaïque, dit-il, mais elle est bonne, parce que humaine et apostolique. La compréhension de la prière est plus précieuse que les vétustés vêtements de soie dont elle s’est royalement parée. Plus précieuse est la participation du peuple, de ce peuple d’aujourd’hui qui veut qu’on lui parle clairement, d’une façon intelligible qu’il puisse traduire dans son langage profane. Si la noble langue latine nous coupait des enfants, des jeunes, du monde du travail et des affaires, si elle était un écran opaque au lieu d’être un cristal transparent, ferions-nous un bon calcul, nous autres pêcheurs d’âmes, en lui conservant l’exclusivité dans le langage de la prière et de la religion ? »

« Quelle confusion mentale, hélas ! - Qui m’empêche de prier dans ma langue ? Mais la prière liturgique n’est pas une prière privée, c’est la prière de toute l’Eglise. De plus, autre confusion lamentable, la liturgie n’est pas un enseignement adressé au peuple, mais le culte adressé par le peuple chrétien à Dieu. Une chose est le catéchisme, autre chose la liturgie ! Il ne s’agit pas, pour le peuple assemblé à l’Eglise, « qu’on lui parle clairement », mais que ce peuple puisse louer Dieu de la manière la plus belle, la plus sacrée, la plus solennelle qui soit ! « Prier Dieu sur de la beauté », telle était la maxime liturgique de saint Pie X. Comme il avait raison !

« Vous voyez, le libéral est un esprit paradoxal et confus, angoissé et contradictoire. Tel fut bien Paul VI. M. Louis Salleron l’explique fort bien, quand il décrit le visage physique de Paul VI : il dit « il a le visage double ». Il ne parle pas de duplicité, car ce terme exprime une intention perverse de tromper qui n’était pas présente chez Paul VI. Non, c’est un personnage double, dont le visage contrasté exprime la dualité : tantôt traditionnel en paroles, tantôt moderniste dans ses actes ; tantôt catholique dans ses prémisses, ses principes, et tantôt progressiste dans ses conclusions, ne condamnant pas ce qu’il devrait condamner et condamnant ce qu’il devrait conserver !

« Or, par cette faiblesse psychologique, ce pape a offert une occasion rêvée, une possibilité considérable aux ennemis de l’Eglise de se servir de lui : tout en gardant un visage (ou une moitié de visage, comme on voudra) catholique, il n’a pas hésité à contredire la tradition, il s’est montré favorable au changement, baptisé mutation et progrès, et est allé ainsi dans le sens de tous les ennemis de l’Eglise, qui l’ont encouragé. N’a-t-on pas vu un jour, dans les années 76, les Izvestia, organe du parti communiste soviétique, réclamer de Paul VI, au nom de Vatican II, ma condamnation et celle d’Ecône ? De même, le journal communiste italien L’Unita exprima une semblable requête y réservant toute une page, lors du sermon que je prononçais à Lille le 29 août 1976, furieux qu’il était de mes attaques contre le communisme ! « Prenez conscience, était-il écrit à l’adresse de Paul VI, prenez conscience du danger que représente Lefebvre, et continuez le magnifique mouvement d’approche commencé avec l’œcuménisme de Vatican II. » C’est un peu gênant d’avoir des amis comme ceux-là, ne trouvez-vous pas ? Triste illustration d’une règle que nous avons déjà relevée : le libéralisme mène du compromis à la trahison. »


Mgr Lefebvre, Ils l’ont découronné, Clovis, 2009, pp. 254-259

lundi 13 octobre 2014

Un avis de Mgr Marcel Lefebvre sur Mgr Walter Kasper

Mgr Lefebvre a connu celui qui allait devenir le cardinal Kasper. Nommé par Jean-Paul II, ce dernier était déjà « l’homme à penser du Synode de 1985 ». Il semble qu’il soit également celui de 2014. Déjà, il y a vingt-cinq ans, le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X mettait en garde contre la dangerosité de la pensée du personnage. 
NN.SS. Lehmann et Kasper
« Le pape vient de nommer Mgr Kasper en Allemagne. Il était secrétaire du Synode en 1985, présidé par le cardinal Danneels de Bruxelles. Kasper était le chef, l’homme à penser du Synode. Il est très intelligent et c’est l’un des plus dangereux. Le pape vient de le nommer évêque. Il est un peu comme l’évêque de Trèves qui est président de l’Assemblée épiscopale allemande (1) et qui est très dangereux aussi. Ce sont tout à fait des gens de gauche qui, au fond, rejoignent les Rahner, les Hans Küng, mais qui se gardent bien de le dire. Ils prennent des formes pour éviter qu’on les associe à eux, mais ils ont le même esprit. »
 Fideliter N° 70, juillet-août 1989, pp. 12-13.


(1) Karl Lehmann, évêque de Mayence (Allemagne) depuis le 21 juin 1983 et devenu ensuite cardinal le 21 février 2001

lundi 6 octobre 2014

Mgr Lefebvre : Le règne social du Christ invite non à un repli entre soi mais à une implication de chacun dans la société

Octobre conduit à réfléchir sur la grande fête du Christ-Roi qui est célébrée à la fin du mois. Le règne social de Notre Seigneur Jésus Christ n’est pas uniquement un slogan qui nous différencierait des milieux libéraux, lesquels aspirent à une sécularisation généralisée. C’est également une vérité de tous les jours à vivre. Mgr Lefebvre affirmait que les catholiques fidèles avaient peut-être une déficience et une incompréhension de leur devoir en désertant les emplois de responsabilité. A l’heure où les législations les plus dégradantes sont adoptées, ces enseignements sur la royauté du Christ sont utiles. Mgr Lefebvre les prononçait le 30 octobre 1988. Ils reprennent en grande partie son appel du jubilé de la Porte de Versailles.

« On est stupéfait de voir des pays catholiques – disons comme le Valais – comme tous les pays catholiques de la Suisse, comme la France, comme l'Italie, comme l'Espagne, comme l'Irlande, comme tous ces pays catholiques qui sont à 80%, 85% catholiques, qui sont dirigés par des francs-maçons, qui sont dirigés par des ennemis de l'Eglise. Comment est-ce possible ? Comment ces gens-là ont-ils pu arriver à dominer des pays à grande majorité catholique, des gens qui ne sont pas chrétiens, des gens qui veulent détruire la famille chrétienne ; qui introduisent des lois qui démolissent l'enseignement chrétien, qui démolissent les écoles chrétiennes, qui introduisent toutes ces initiatives abominables que nous voyons, comme ces discothèques qui se multiplient partout maintenant dans tous les villages, [ces gens] qui introduisent par conséquent dans la législation, l’avortement, la contraception, qui supportent la drogue, qui ne poursuivent pas la pornographie et qui acceptent ces films abominables contre Notre Seigneur Jésus-Christ : Voilà des petits groupes de gens qui sont contre Notre Seigneur Jésus-Christ et qui dominent des nations chrétiennes. Est-ce possible ? Comment expliquer cela, comment expliquer que dans un pays à 80%, 85% de catholiques, ce soient des gens contre l'Eglise catholique, qui sont contre Notre Seigneur, qui dominent et dirigent tout le monde ?

« Je pense que c'est parce que les catholiques s'imaginent qu’ils ne doivent pas entrer dans les fonctions publiques. Ils ont peur de s'immiscer dans les fonctions publiques. Sans doute ont-ils raison dans la mesure où ils devraient participer à des choses qui sont mauvaises. Mais s'ils le font au contraire pour empêcher les choses mauvaises de se réaliser, ils doivent se manifester ; ils doivent prendre des responsabilités pour le bien des âmes, pour faire régner Notre Seigneur Jésus-Christ dans la législation. Il me semble qu'il y a là une déficience et peut-être une incompréhension du devoir des catholiques fidèles. Il faudrait que dans des villages à 80% catholiques encore et qui ont encore des convictions à 90%, ce soient de bons catholiques qui dirigent le village, qui prennent des responsabilités communales. C’est la même chose dans les États. Il ne faut pas avoir peur de prendre des responsabilités. Ce n'est pas là faire de la mauvaise politique, ce n'est pas faire de la politique de parti, c'est tout simplement chercher le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ, le règne social de Notre Seigneur. »

mardi 30 septembre 2014

Mgr Lefebvre : « La vie apostolique n’est pas un pur combat contre les erreurs »

Le Père Eugène de Villeurbanne avait prévenu au début des années 1980 qu’il ne fallait pas « se confiner dans un traditionalisme de combat », cette forme de militantisme sec appliquée au monde religieux. L’abbé Coache l’avait bien perçu, lui qui avait recueilli ces lignes au sein de sa revue intitulée Le combat de la foi. Ce faisant, il ne faisait que reprendre les mises en garde que Mgr Lefebvre adressait à ses séminaristes d’Écône. Certainement, faut-il envisager un combat contre le péché et contre l’erreur. Mais le défaut de vertu des uns ne doit pas pour autant légitimer les excès des autres. Une vie apostolique qui aurait comme principal idéal d’être des « antis », qui se réduirait à une lutte contre les erreurs, ou même qui aurait comme premier objectif la lutte contre les erreurs maintiendra ses auteurs dans les ténèbres. L’invitation que lance le fondateur de la FSSPX en 1975 ne consiste pas à baisser les bras mais avant toute chose à se sanctifier en faisant rayonner la charité :

« Alors il ne faut pas non plus envisager ce combat, cette vie apostolique que vous aurez à mener, il ne faut pas la considérer uniquement comme un pur combat contre les erreurs, contre les difficultés, contre ce qui empêche l'Église de s'étendre. Bien sûr qu'il faut aussi combattre les erreurs, mais il ne faut pas être en premier lieu contre-réformiste, ne pas être d’abord dans la contre-réforme, la contre-révolution, l'anti-libéralisme, l'anti-communisme, n’en pas faire, je dirais, l'objectif premier et principal de votre action. Et on ne peut pas combattre contre les ténèbres sans y mettre d'abord la lumière. Vous aurez beau essayer, si vous ne venez pas avec la lumière, si vous êtes dans les ténèbres et que vous essayez de chasser les ténèbres, vous pouvez toujours y aller, elles ne s'en iront pas. [...] Il faut venir avec la lumière. Comment aurez-vous la lumière ? Eh bien, par la grâce du Bon Dieu, la grâce qui vous illuminera, qui vous éclairera, qui vous fortifiera et qui sera manifeste aussi aux yeux des autres. Il faut que vous manifestiez cela.


« Il est très difficile de convertir les autres si on apparaît déjà soi-même comme quelqu'un qui est faible dans la vie courante, dans la vie pratique. Ce n'est pas, par exemple, en insultant son interlocuteur, en le méprisant, en le traitant de tous les noms qu'on arrivera à le convaincre. Au contraire s'il s'aperçoit vraiment d'une vraie charité envers lui, sincère, surnaturelle, désintéressée, alors il commencera à être accroché parce qu'il aura cette impression très nette : celui qui me parle ne parle pas pour le plaisir d'avoir le dessus et de me convaincre, mais vraiment il veut me faire passer une vérité qui n'est pas à lui et il ne méprise pas ma manière d'être. Et c'est très important cela. Les saints ont converti bien plus par leur exemple, par leur prière, par leur mortification encore que par leurs paroles. Bien sûr la parole est nécessaire, la discussion est nécessaire, il faut convaincre, il faut prêcher évidemment, ils ont converti par la prédication. Mais s'ils ont converti par la prédication c'était précisément parce qu'ils étaient des saints. Les gens ont besoin de cette sainteté. Or ceci est une chose que nous devons retenir constamment et avoir constamment devant les yeux. »