dimanche 30 juin 2013

30 juin 1988 - 30 juin 2013 : Il y a 25 ans, les sacres

Il y aurait tant à dire sur cette fameuse cérémonie des sacres épiscopaux du 30 juin 1988. Nous avons eu l’occasion d’en restituer récemment le climat et les motivations. Jamais elle ne fut un schisme car Mgr Lefebvre n’a eu qu’un souhait : agir « pour l’amour du pape » et « pour l’amour de l’Église ». Il s’est trouvé devant un véritable cas de conscience. Pour autant, il n’a jamais désiré créer une église parallèle, un mouvement personnel ni même une mouvance séparatiste. Cette cérémonie n’a pas non plus été un changement radical d’attitude où Mgr Lefebvre aurait fini par jeter l’éponge et désiré manifester son dépit à l’égard des autorités de l’Église dont il aurait voulu se séparer. Les sacres n’étaient que le parachèvement des ordinations qu’il avait conférées pendant des années et il n’a transmis l’épiscopat que parce qu’il était acculé face à la mort. Quelques mots suffiront à illustrer cet anniversaire, nous les empruntons au journaliste Yann Clerc :


Les yeux du salut éternel
Il m'étonne aujourd'hui de conserver en mémoire si peu d'images de la cérémonie des sacres. J'ai pourtant vécu celle-ci à Écône, avec la plus intense émotion d'une vie de journaliste, naturellement fertile en sensations fortes.
Cette évanescence ne me trouble pas. Je n'en sais pas le motif. Il est d'ordre supérieur. Dans la grande prairie inclinée au pied du séminaire international, mon regard a tout simplement croisé, ce jour-là, les yeux de Monseigneur Lefebvre.  Leur lumière éloquente a rejeté dans l'ombre mes autres souvenirs. Nos savants canonistes voudront bien ne pas se formaliser, le visage creusé mais heureux de Monseigneur a fait mieux encore pour la paix de ma conscience que leurs précieuses assurances d'être en règle avec l'Église.
Sachant sa mort approcher, et l'annonçant, Monseigneur ne pouvait pas alors, ne pas être plus que jamais préoccupé de son salut éternel. Or il émanait de sa personne une tranquille certitude du devoir accompli, une humble confiance en son jugement inspiré. Cela garantissait le propre salut de ses fidèles.
« Je prie le Bon Dieu de nous retrouver tous au paradis », avait confié sur son lit de mort la sainte maman de Monseigneur. Si près d’être réunis, aurait-il pu, me disais-je, entreprendre, contre son cœur de fils aimant, un acte qui risquât de les séparer ? « Là-haut, je serai toute puissante. Je vous aiderai », furent les ultimes paroles de Madame Lefebvre, destinées à ses cinq enfants religieux ou religieuses.
Le 30 juin 1988, l’idée personnelle m’était venue que Monseigneur pensait, dans l’intimité de son âme, à sa chère mère. L’idée – certes trop humaine – ne m’a plus quitté qu’ils ont reformé dans le Ciel le cercle béni de leur famille. Et qu’ils nous sont « plus présents encore sur la terre ». (Y.C.)
Extrait de Fideliter N°123, mai-juin 1998

C. de P.

samedi 22 juin 2013

Mgr Lefebvre : Le pape actuel est le pasteur de l’Église universelle

Au tournant des XIXe et XXe siècles, les historiens avaient coutume de parler des « Deux France ». Il y avait la France catholique, royaliste et ultramontaine d’un côté, et la France républicaine, anticléricale et laïque de l’autre. Dire en laquelle de ces deux « France » nous nous reconnaissons n’est pas un grand mystère… Il s’agissait pour ces auteurs de distinguer des tendances ou plutôt des mouvements d’idée, non de différencier des entités structurelles clairement définies. Ainsi, serait-il absurde et ce serait même un sophisme que d’avancer que l’actuel président de la République gouverne un autre pays que la France sous prétexte qu’il serait à la tête de la France laïque à l’exclusion de la France catholique.

Afin de mieux nous aider dans la compréhension de la situation de l’Église, Mgr Lefebvre prononça une déclaration très claire distinguant deux tendances dans l’Église : la Rome éternelle, catholique et gardienne de la foi d’une part et la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante d’autre part. Mais on userait du même sophisme si on concluait de cette distinction que le pape est simplement le chef de l’Église conciliaire mais pas de l’Église catholique. On aboutirait d’ailleurs à une situation où l’Église catholique n’aurait, quant à elle, plus de chef. Cela a un nom : le sédévacantisme.

Plusieurs années après avoir prononcé sa fameuse déclaration de 1974, Mgr Lefebvre, s’adressant à ses séminaristes d’Écône, reprochait à certains de mal interpréter ses propos et rappelait que les papes actuels, malgré leurs déviances, sont bien évêques de Rome, successeurs de Pierre et pasteurs de l’Église catholique :

« Je ne veux pas dramatiser ce qui n’est pas dramatique, mais j’ai parfois l’impression que il y en a vraiment qui ont une manière d’interpréter les choses,  même les choses que je dis moi-même ici ou les choses qui sont dites par les professeurs ou par M. le directeur, d’une manière qui n’est pas toujours exacte, qui n’est pas toujours très juste. Dieu sait combien de fois j’ai déjà eu l’occasion de parler très clairement de ce qu’il fallait penser du pape, de ce qu’il fallait penser de la messe, de l’assistance à la messe nouvelle, combien de fois j’ai eu l’occasion de parler de ces choses-là, mais il semble qu’il y ait toujours à ce sujet-là, certaines discussions, de mauvaises compréhensions. Je sais bien qu’on se trouve dans une période difficile, douloureuse. Il n’y a plus d’autorité, il n’y a plus de gouvernement. Le pape n’est pas hérétique, mais il laisse se diffuser malheureusement l’hérésie partout, par la faveur donnée précisément à cet œcuménisme et à cette ambiance qui fait qu’on se demande si la foi dans l’Eglise, dans la vérité de l’Eglise catholique et dans l’unicité de l’Eglise catholique, est encore bien ancrée dans sa pensée et dans sa manière de voir. Mais enfin, je ne pense pas qu’on puisse dire que les papes libéraux que nous avons eus depuis le pape Jean XXIII soient des hérétiques formels. Alors je pense également qu’il faut toujours nous rappeler qu’il ne peut pas y avoir d’autre pape que celui qui est sur le siège de Pierre, que l’évêque de Rome. Le pape est pape parce qu’il est évêque de Rome. Il est d’abord évêque de Rome. Ensuite, parce qu’il est évêque de Rome, il est sur le siège de Pierre, il est successeur de Pierre et donc pasteur de l’Eglise universelle. C’est une chose très importante, fondamentale pour l’Eglise. Même si le pape devait quitter Rome un jour, chassé de Rome qui était dévastée par les ennemis, eh bien ce serait toujours l’évêque de Rome qui serait le successeur de saint Pierre, même dans la diaspora, même parti, il serait toujours celui qui est choisi par le clergé romain, élu par le clergé romain. Et le clergé romain, ce sont les cardinaux actuellement, qui ont tous un titre à Rome, un titre de paroisse. Ils sont tous curés de Rome. Ce sont les curés de Rome qui élisent le pape. C’est parce qu’il est évêque de Rome qu’il est pape. Et c’est pourquoi le pape va toujours prendre possession solennellement de la cathédrale de son diocèse, du diocèse de Rome au Latran, d’une manière solennelle. Alors on ne peut pas se séparer. »

(Conférence aux séminaristes du 10 janvier 1983)

jeudi 13 juin 2013

Mgr Lefebvre : tenue vestimentaire et esprit d'apostolat

Dans toute l’attitude de Mgr Lefebvre, on trouve cet équilibre entre le défaut et l’excès. Il pointe du doigt le mal en récusant d’une part l’absence de tout jugement, hélas généralisée chez les promoteurs des réformes qui préconisent l’abandon de toute parole  contrariante, et d’autre part l’excès qui fait perdre l’esprit du jugement pour appliquer de manière irréfléchie une lettre qui va finir par tuer lorsqu’elle sera devenue une fin en soi. Le sujet de la tenue vestimentaire est assez symptomatique de l’attitude du fondateur de la Fraternité Saint-Pie X, toute en mesure et fondée sur l’esprit d'apostolat. Celui-ci veillait à dénoncer l’immodestie galopante dans les manières de s’habiller tout en veillant à ne pas recourir à des attitudes fébriles ou passionnées :

« Il faut savoir faire pénitence, refusant tout ce qui est trop mondain, tout ce qui flatte la chair, toutes ces modes indé­centes. Toutes ces choses-là doivent être absolument pros­crites pour de vrais chrétiens, sinon nous n'obtiendrons pas les grâces du Bon Dieu, les grâces qui sont nécessaires actuellement à notre salut. On ira toujours de malheur en malheur. » [1]

Parfois, dans ses interventions, Mgr Lefebvre parvient, par une démarche apologétique, à pousser les fidèles à veiller à la tenue du dimanche, laquelle honore Dieu et valorise le chrétien. Ainsi présente-t-il à des populations aisées de l’Europe chrétienne les efforts des habitants du Cap-Vert qu’ils avait connus en Afrique. Ces derniers mettaient le meilleur d’eux-mêmes pour se rendre dignement à l’église :

« Si on allait les voir dans leurs villages avant qu’ils ne sachent que le Père allait venir, on les trouvait avec des guenilles sur le dos, de véritables guenilles, des habits déchirés, presque nus… travaillant comme ça les champs. Quel travail pouvaient-ils faire ? Parce qu’il pleuvait très peu ; c’était très sec, très pauvre. Mais, dès que c’était la fête, le dimanche, on aurait cru que les gens étaient très aisés parce qu’ils mettaient l’unique robe l’unique habit qu’ils avaient, ils le mettaient le dimanche. Alors c’était la grande fête, évidemment ! [2] »

En même temps, Mgr Lefebvre semble se méfier d’un rubricisme qui mettrait en péril l’esprit d’apostolat, ne tenant plus compte du manque de formation ou des dispositions parfois ingénues de ceux qui poussent la porte. Dans les mots qui suivent, le fondateur s’adresse à ses séminaristes mais, à travers eux, il semble également mettre en garde ces fidèles que nous sommes et qu’ils auront ensuite en charge.

« Qu’est-ce que vont faire ceux-là qui se critiquent mutuellement aussi bien les uns que les autres ? Ils ne pourront pas vivre dans le ministère. Ils vont chasser tous leurs paroissiens les uns après les autres parce qu’ils vont anathématiser celui-ci, anathématiser celui-là, ils vont critiquer celui-ci, ils vont critiquer celui-là ; parce qu’il manquera un centimètre aux robes des femmes, ils les mettront toutes à la porte ! Il y en a une qui a oublié sa voilette sur la tête ? Eh bien, elle est excommuniée ! Voilà des choses invraisemblables ! Faire des révolutions de palais pour une histoire de mantille, pour une histoire d’un centimètre de longueur, c’est invraisemblable ! Il faut quand même vivre avec les gens, non pas qu’il ne faille pas leur donner des conseils, non pas qu’il ne faille pas essayer de les ramener à la vérité, mais précisément pour les ramener à la vérité, si on les rejette dehors, comment voulez-vous les ramener ? Alors si on est toujours ici à se rejeter les uns les autres, si vous pensez que vous êtes davantage dans la vérité que l’autre, essayez de discuter avec lui. Il n’est pas d’accord ? Mais peut-être que demain il aura réfléchi. Et puis peut-être que ce n’est pas vous qui êtes dans la vérité. Tant pis si on n’est pas tout à fait d’accord, on s’entend et puis c’est tout [3]. »


[1] Conférence à Rennes, novembre 1972.
[2] Conférence à Écône, 12 décembre 1977.
[3] Conférence à Écône, 20 septembre 1977.

vendredi 7 juin 2013

Mgr Lefebvre : Une dévotion à saint Joseph profonde et enracinée

Cette année 2013 a été placée par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X sous la protection de saint Joseph. Au cours de l’année 1989, Mgr Lefebvre prêchait devant ses prêtres sur le rôle et le pouvoir d’intercession du chaste époux de la Très Sainte Vierge Marie. Il livrait dans ces quelques propos une méditation particulièrement recueillie et admirative de ce père nourricier qui commande sans se perdre en paroles, qui vit profondément uni à celui qui est à la fois son fils et son Dieu. Le fondateur de la Fraternité, bien qu’il n’ait jamais foulé le sol de la Terre Sainte, fait entrer ses interlocuteurs dans l’intimité de la Sainte Famille à Nazareth avec un réalisme qui permet de sonder dans une petite mesure le mystère divin.

« Il ne faut pas négliger la dévotion à saint Joseph parce que saint Joseph a fait l’objet d’un choix extraordinaire. Dieu ne lui a pas donné un rôle comme celui de la Très Sainte Vierge Marie mais il lui a cependant donné un rôle extraordinaire en lui confiant ce qu’il a de plus cher, la Vierge Marie et Notre Seigneur, pendant trente ans ! Pendant trente ans saint Joseph a été responsable et chef, il a eu une autorité paternelle sur la Très Sainte Vierge Marie et sur Notre Seigneur, et sur Dieu, vraiment ! Saint Joseph a commandé le Bon Dieu ! Il est bien le seul ! Un choix absolument extraordinaire parmi les hommes. Quel homme peut dire : « J’ai commandé Dieu ? »
 
« On ne sait pas ce qui s’est passé à Nazareth, malheureusement, on n’a aucun détail, mise à part la fugue de Notre Seigneur au milieu des docteurs, mais sinon on ne sait rien de ce qui s’est passé. Cependant, on peut très raisonnablement supposer que Notre Seigneur a travaillé avec saint Joseph pendant une bonne quinzaine  d’années, en l’aidant dans son travail. Donc il était constamment avec saint Joseph, et autant qu’on peut en juger, c’est saint Joseph qui donnait les ordres ! Chose inimaginable !
 
« Pour la sainte Vierge et pour saint Joseph, ils ont dû avoir, non pas des problèmes de conscience mais se dire :  « Cette personne avec laquelle nous sommes, c’est Dieu, c’est lui qui nous a faits, c’est lui qui nous entretient dans notre existence, c’est lui qui nous connaît beaucoup mieux que nous nous connaissons nous-mêmes puisque c’est lui qui nous a faits, c’est lui qui connaît nos pensées avant même que nous les exprimions, avant même que nous les ayons pensées, Dieu sait déjà ce que nous pensons et ce que nous allons penser. Il connaît tout, il sait tout de nous, cet enfant grand comme ça. »
 
« Imaginez votre comportement de savoir saint Joseph et la Sainte Vierge dont le bon Dieu leur a donné les grâces particulières pour se comporter avec Notre Seigneur à la fois dans l’adoration, dans la discrétion, et en même temps dans un esprit très naturel. Il n’est pas possible que le Bon Dieu leur ait fait ces grâces et en même temps les ait mis dans cette espèce de contrainte et de gêne continuelle vis-à-vis de Notre-Seigneur. Ils ont agi très simplement, comme s’il était leur enfant. Mais en même temps ils ne pouvaient pas nier qu’ils avaient Dieu au milieu d’eux. Grand mystère ! Mystère incroyable, invraisemblable. Enfin cela leur donnait à tous les deux une dignité qui dépasse tous les dignités. Donner à une pauvre créature comme saint Joseph le droit et le devoir de commander la Très Sainte Vierge et Notre Seigneur lui-même. Et quand il a dit : « Eh bien, partons en Egypte » ! La Sainte Vierge n’a pas hésité un instant, elle a obéi, on est parti en Egypte. « On rentre à Nazareth ! » Et on est rentré à Nazareth ! « On part pour Jérusalem au moment de la prière, au moment de la Pâque, on part à Jérusalem ! »
 
« Alors saint Joseph avait un pouvoir, pouvoir sur Notre Seigneur, ce pouvoir qu’il a eu sur terre comme le bienheureux L.-M. de Montfort le dit pour la Très Sainte Vierge : Dans une certaine mesure, saint Joseph garde un peu ce pouvoir au Ciel en souvenir de ce pouvoir que le Bon Dieu lui a donné sur la Terre. Donc saint Joseph a certainement une puissance d’intercession extraordinaire. Il semble qu’apparemment on n’ait pas suffisamment donné à saint Joseph la place dans les dévotions qui lui revient, parce que c’est néanmoins un fait exceptionnel : il n’y a aucun homme qui puisse se prévaloir d’avoir été intime et en même temps avoir eu un pouvoir sur Dieu lui-même.
 
« Alors n’hésitons pas nous aussi à confier un peu notre apostolat à saint Joseph, à confier nos pensées, nos soucis. On a l’habitude de confier nos soucis matériels, mais je pense que ce n’est pas suffisant. Saint Joseph peut faire plus ! Confions les soucis de notre apostolat, parce que saint Joseph a également gardé le célibat, il est demeuré vierge. Alors confions-lui aussi notre vertu et demandons à saint Joseph de nous aider à rester comme lui, aussi pur que lui, aussi parfait, dans la mesure du possible, que lui. »

mercredi 29 mai 2013

Mgr Lefebvre : Qu'ils trouvent chez vous une assistance compréhensive

La première épître de saint Paul aux Corinthiens fait penser à l’attitude de Mgr Marcel Lefebvre : « La charité ne fait rien de messéant, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s’emporte pas, elle ne tient pas compte du mal. Elle ne prend pas plaisir à l’injustice, mais elle trouve sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle endure tout. » Ces quelques mots résument l’attitude d’un prélat avenant qui a fondé sa consolation sur la foi, n’a pas lorgné sur les défauts de ses confrères, n’a jamais nourri aucune rancune ni aigreur et ne s’est pas attaché à indisposer maladroitement. Fort de ses cinquante ans d’activité missionnaire, le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X invitait ses séminaristes à faire preuve de mansuétude et de patience envers les nouvelles recrues, malgré leurs défauts, malgré leur mauvaise formation éventuelle. Le tentateur invite-t-il à s’impatienter et à s’exaspérer sur les défauts de ceux qui n’épousent pas les canons de nos préjugés ? Nous pousse-t-il à forcer le trait sur notre voisin de banc ou sur notre prochain ? Mgr Lefebvre répond de manière simple, vivant pleinement sa devise : « Et nous, nous avons cru en la charité » :

« Si j’ai demandé à ceux qui viennent d’arriver aujourd’hui de ne pas être présents à cette conférence, c’est parce que je voulais précisément vous donner quelques conseils à leur propos. Quelles doivent être les relations que vous devez avoir avec ceux qui arrivent ? Eh bien, je pense que vous devez d’abord les accueillir le plus charitablement possible, le plus aimablement possible, vous faire leurs guides car ils sont un peu perdus dans la maison. Et, dans le règlement, il y a bien des détails qu’ils ne connaissent pas. Par conséquent, vous devez les aider, ils doivent trouver chez vous une assistance compréhensive et surtout – chose plus importante encore – avec le temps, vous les connaîtrez davantage, vous constaterez chez eux certainement ce qui s’est trouvé chez vous aussi.
 
«  Il y a parmi les quarante qui sont là toute une gamme d’opinions, de manières de voir les choses ; il y en a qui n’ont aucune difficulté à s’assimiler à la maison parce qu’ils se sont trouvés dans un milieu dans lequel ils étaient déjà comme s’ils étaient au séminaire, du moins avec les mêmes pensées, les mêmes idées ; leurs parents pensaient comme eux, comme nous : il n’y a pas de difficultés, donc ils se trouvent ici dans leur milieu, sans aucun hiatus, sans aucune difficulté. Mais il faut comprendre aussi et il faut être très charitable et très compréhensif pour ceux qui n’ont pas eu ce bonheur, qui n’ont pas eu cette grâce de se trouver dans un milieu qui d’emblée s’est opposé aux réformes et qui a voulu maintenir la tradition de l’Église. Alors il y en a certainement qui auront un peu de peine à se faire au milieu, soit à cause du latin soit à cause de l’ambiance qu’ils peuvent trouver ici. Alors, aidez-les et ne les rebutez pas ! Ne soyez pas durs avec eux ou ne leur faites pas de reproches, ne les considérez pas comme des gens qui ne sont pas à leur place ici comme si vous aviez, vous, à les juger.
 
« Il faut donc au contraire savoir les comprendre qu’il y en a qui peuvent avoir un peu de difficultés à assimiler les idées et la manière de penser, de voir les choses comme on les voit ici. Mais vous pouvez faire beaucoup dans un sens ou dans l’autre : vous pouvez aider ceux-là à mieux assimiler les principes qui vous sont donnés ici, et vous pouvez au contraire les éloigner et peut-être un jour, je dirais, les contraindre à partir et, peut-être, par conséquent, avoir brisé une vocation soit par manque de compréhension, par manque de charité, par rudesse, par un peu d’orgueil. Alors, il faut les comprendre ! Et s’il y en a qui vous disent des choses qui vous paraissent maintenant inadmissibles et qui sont à juste titre inadmissibles, laissez-les parler ! Et, tout doucement, faites leur voir les difficultés, les objections de ce qu’ils disent et, tout doucement, les amener, leur donner, leur faire venir la lumière que vous avez et dont vous profitez ici et non pas tout de suite prendre une position ego contra : « Mais comment ? C’est inadmissible ! Mais comment pensez-vous des choses comme ça ? Mais votre place n’est pas ici ! »
 
« Évidemment, Qu’est-ce que vous voulez qui arrive dans la situation actuelle ? Il faut bien se dire que ce sera de plus en plus comme ça et ceux qui sortent des écoles catholiques ne savent plus rien, non seulement ne savent plus rien mais ont une foi déformée ! Alors c’est déjà une grâce pour eux de venir ici, d’être attirés et d’avoir la grâce et le courage de venir à Écône. Ils ont peut-être été très réprimandés par leur entourage, réprimandés par des prêtres : « Mais comment ? Aller à Écône ? Enfin ! On n’a pas idée de ça ! Il ne faut pas y aller ! Ce sont des gens qui sont hors de l’Église ! Vous allez chez des schismatiques, chez des hérétiques ! »
 
« Alors eux ont eu le courage de briser ces obstacles et de venir quand même à Écône et, quelquefois, malgré leurs parents. Alors si maintenant ils arrivent ici et qu’ils sentent un manque d’affection, un manque de compréhension, une dureté de la part du milieu dans lequel ils se trouvent, ça les rejette dans leur milieu. Au lieu de les attirer, ça les rejette et ils pourraient peut-être dire à juste titre : « Ah voilà ! C’est ça, c’est ce qu’on m’avait dit du milieu intégriste. Ce sont des gens durs, austères, qui n’ont pas de compréhension, pas de charité, ils ne font de quartiers pour rien, il est absolument impossible de parler avec eux, impossible d’avoir une conversation aimable… » Alors il ne faut pas que ce soit comme cela. Ce sont là des manières de faire qui font preuve d’un manque d’humilité et d’un manque de charité.
 
« Nous ne devons jamais nous enorgueillir des dons et des grâces que le bon Dieu nous a faits car ils ne viennent pas de nous, c’est le bon Dieu qui nous les a données et nous devons précisément essayer de les communiquer aux autres, essayer de faire que les autres puissent avoir les grâces et les dons que le bon Dieu nous donne ! Alors je tenais à vous dire cela parce que, depuis hier déjà, j’ai déjà pu parler avec certains de ces jeunes et je me suis très bien rendu compte que pour certains d’entre eux, déjà, les simples cérémonies auxquelles ils ont assisté les déroutent complètement. Il y en a qui n’ont jamais assisté à une cérémonie en latin, ils ne savent pas ce que c’est ! Alors évidemment vous, vous trouvez cela tout à fait normal mais certains d’entre eux n’ont jamais assisté à une cérémonie en latin, c’est un monde nouveau dans lequel ils entrent. Alors aidez-les à entrer dans ce monde nouveau, dans ce monde qu’est l’Église ! Aidez-les à entrer et n’agissez pas de telle manière qu’ils se croient obligés de partir. »
 
Conférence aux séminaristes d’Écône, 5 octobre 1974


mercredi 22 mai 2013

Sermon de Mgr Lefebvre pour la Pentecôte : l’action de l’Esprit Saint en nous

Membre de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit, Mgr Marcel Lefebvre nourrissait une grande dévotion pour la troisième personne de la Sainte Trinité. Il voyait en elle celle qui transforme les hommes. Sine tu nomine, nihil est in nomine. A l’occasion d’un sermon de la vigile de la Pentecôte, le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X insistait en ces termes sur les fruits de l’action du Saint Esprit sur les âmes :

« Et les apôtres se sont donc réunis au Cénacle pour attendre la venue de l'Esprit Saint. Car c'est cela que Notre Seigneur voulait leur donner. Le Ciel avait disparu de leurs yeux et presque de leurs cœurs. Or c’est précisément le Ciel que Notre Seigneur voulait leur donner et leur donner par l'Esprit Saint.
 
« Car ce n'est pas autre chose que l'Esprit Saint dans nos cœurs : c'est le Ciel dans nos cœurs. C'est le Paradis commencé dans nos âmes. Si nous comprenons bien ce qu'est le Saint-Esprit et la grâce que le Bon Dieu nous donne par l'Esprit Saint dès le jour de notre baptême et par tous les sacrements que nous recevons et particulièrement dans la Sainte Communion, nous comprendrions que c'est le Ciel que nous recevons.
 
« Les apôtres ont été remplis de l'Esprit de Jésus au moment de la Pentecôte et le Ciel a donc pris possession de leurs âmes et de leurs cœurs et jamais plus ils ne sont séparés de cet Esprit Saint et de Jésus. Ils ont compris tout ce que Jésus leur avait dit. Ils ont compris ce qu'était le Ciel par rapport à la terre ; ce qu'était l'esprit par rapport à la chair ; ce qu'étaient ces biens ineffables, ces biens éternels, devant les choses temporelles. Ils ont compris. Jusque là, ils n'avaient pas compris.
 
« Et quelle fut l'influence du Saint-Esprit dans leurs âmes ? C'est saint Paul qui nous le décrit par deux fois. Une fois lorsqu'il énumère les différents fruits du Saint-Esprit dans nos âmes. Je ne pourrai vous les énumérer tous, mais il parle de la patience, de la bénignité, de la mansuétude, de la paix, fruits du Saint-Esprit dans les cœurs. Et il le redit lorsqu'il parle des avantages de la charité, des qualités de la charité :
 
Caritas patiens est, benigna est, caritas omnia suffert, omnia crédit, omnia sperat (I Co XIII, 4) : « La charité est patiente, la charité souffre, la charité croit, la charité espère, la charité aime, la charité demeure toujours ». Voilà ce que saint Paul énumère et décrit de la charité, décrit de l'Esprit Saint. Et c'est cela l’Esprit Saint. C'est à cela que nous reconnaîtrons si nous avons l'Esprit Saint en nous. Si nous sommes humbles, doux, charitables, paisibles. Voilà les fruits que Notre Seigneur donne à ceux qui reçoivent le Saint-Esprit. »
 
Mgr Marcel Lefebvre
17 mai 1975

dimanche 12 mai 2013

Mgr Lefebvre : pour un épiscopat catholique


Le vingt-cinquième anniversaire des sacres épiscopaux d'Ecône approche. Les semaines qui ont précédées cette cérémonie ont été marquées par des échanges entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X. Dans l'une de ses lettres, le fondateur de cette dernière expose au pape Jean-Paul II l'absolue nécessité d'obtenir un épiscopat pleinement catholique et traditionnel et explique donc l'esprit qui l'anime dans la préparation de cette cérémonie.

Écône, le 20 mai 1988,

Très Saint Père,
Tandis qu’une certaine espérance se levait, au sujet d’une solution possible du problème de la Fraternité, après la signature du protocole, voici qu’une grave difficulté surgit à l’occasion de l’épiscopat accordé à la Fraternité pour me succéder dans ma fonction épiscopale.
Il apparaît clairement que cet épiscopat est pour le Saint-Siège une source d’appréhensions et de soucis pour les motifs suivants :

  • En premier lieu cet épiscopat est superflu, après la reconnaissance légale de la Fraternité comme société de droit pontifical, le Supérieur général pouvant donner des lettres dimissoriales à un évêque de son choix.
  • En seconde lieu, cet épiscopat peut apparaître comme une certaine réprobation des évêques actuellement en fonction, et indisposera les évêques à l’égard du Saint-Siège.
  • Enfin, cet épiscopat peut éventuellement créer des difficultés dans les diocèses à l’occasion de l’apostolat auprès des fidèles.

Ce sont, sans doute, ces appréhensions qui provoquent des délais, des réponses évasives de la part du Saint-Siège, depuis plus d’un an, et qui m’obligent moralement à mettre un terme à cette attente, après avoir insisté à plusieurs reprises sur l’urgente nécessité pour la continuation et le développement de l’œuvre d’avoir plusieurs évêques.

Le 30 juin m’apparaît désormais comme la date ultime pour réaliser cette succession. La Providence semble avoir préparé cette date. Les accords sont signés, les noms des candidats sont proposés. Si le cardinal Ratzinger a un emploi du temps trop chargé pour préparé les mandats, le cardinal Gagnon pourrait peut-être s’en charger.

Très Saint-Père, veuillez mettre un terme à ce douloureux problème des prêtres, des fidèles et de votre serviteur qui, en gardant la Tradition, n’ont eu d’autre désir que de servir l’Église, le pape et sauver leurs âmes.

Permettez que j’ajoute quelques considérations sur le renouveau de l’Église obtenu par le moyen de la Fraternité et l’épiscopat qui lui serait accordé.

La presse en rapportant les incidents de Vienne en Autriche et de Coire en Suisse à propos des nominations épiscopales fait allusion à un changement d’orientation de la part du Saint-Siège dans le choix des évêques. C’est un heureux présage, mais les réactions manifestent que ces évêques auront d’énormes difficultés dans la réalisation de leur apostolat et qu’ils seront obligés de manifester leur adhésion à l’esprit moderne par l’œcuménisme, le charismatisme, afin de calmer les esprits.

Leurs séminaires, même s’ils observent une certaine discipline et une plus grande piété, seront imbus de cet esprit moderne et contribueront difficilement au vrai renouveau de l’Église.

Le renouveau ne peut désormais se réaliser que par des évêques libres de faire revivre la foi et la vertu chrétienne par les moyens que Notre Seigneur a confiés à son Église pour la sanctification des prêtres et des fidèles. Seul un milieu entièrement dégagé des erreurs modernes et des mœurs modernes peut permettre ce renouveau. Ce milieu, c’est le milieu qu’ont visité le cardinal Gagnon et Monseigneur Perl, milieu formé de familles profondément chrétiennes, ayant de nombreux enfants, et d’où proviennent de nombreuses et excellentes vocations.

Le développement de ce milieu rénové, encouragé par vos décisions, Très Saint Père, restaurera les diocèses par les contacts avec les évêques et le clergé. Certains évêques nous confieront la formation de leurs séminaristes et ainsi, avec la grâce de Dieu, l'Église retrouvera une nouvelle jeunesse et transformera la société païenne en société chrétienne.

Vous comprendrez facilement pourquoi un seul évêque ne saurait suffire dans un champ d’apostolat aussi vaste.

Si je me permets de soumettre ces considérations à votre jugement, c’est dans le plus profond désir de vous venir en aide pour solutionner ces graves problèmes que vous efforcez de résoudre au cours de vos voyages apostoliques.

Daignez agréer, Très Saint Père, l’expression de mes sentiments les plus respectueux et filiaux en Jésus et Marie.
Marcel Lefebvre
Archevêque, évêque émérite de Tulle
Fondateur de la Fraternité S.-Pie X
 Lettre parue dans Fideliter hors série - 29-30 juin 1988, pp. 45-47.