vendredi 1 novembre 2013

Mgr Lefebvre : Comment envisager une solution à la crise ?

Le 24 février 1977, on interroge Mgr Lefebvre sur l’avenir : « Comment envisager le retour à une situation normale ? » lui demande-t-on. Très prudemment, le fondateur de la FSSPX n’impose pas – il ne l’a d’ailleurs jamais fait – un cahier des charges. Il remet cela à la Providence, tout en disant de manière réaliste que la solution proviendrait du pape. En revanche, il insiste beaucoup sur la manière de se comporter en attendant. Plus les actes posés ou les propos tenus par les autorités provoquent le scandale, plus il est tentant d’assouvir des passions en vidant son sac, en recourant à des jugements emportés ou des termes excessifs. Mgr Lefebvre bannit ces mauvais moyens. Il préconise à l’inverse le respect de la hiérarchie, l’affranchissement des anathèmes ou des polémiques stériles et il invite à déployer une véritable « affection sacerdotale » auprès des prêtres extérieurs.

« Dès lors qu'il s'agit de l'avenir, nous savons qu'il appartient à Dieu et qu'il est donc difficile de faire des prévisions. Cependant constatons d'abord que l'anomalie dans l'Église n'est pas venue de nous, mais bien de ceux qui se sont efforcés d'imposer une orientation nouvelle à l'Église, orientation contraire à la Tradition et même condamnée par le Magistère de l'Église. Si nous apparaissons être dans une situation anormale, c'est parce que ceux qui ont l'autorité aujourd'hui dans l'Église brûlent ce qu'ils adoraient autrefois et adorent ce qui était brûlé autrefois. Ce sont ceux qui se sont écartés de la voie normale et traditionnelle qui auront à revenir à ce que l'Église a toujours enseigné et toujours accompli.

« Comment cela pourra-t-il se faire ? Humainement parlant il semble bien que seul le Pape, disons un Pape, pourra rétablir l'ordre détruit dans tous les domaines. Mais il est préférable de laisser ces choses à la Providence divine.

« Toutefois notre devoir est de tout faire pour garder le respect de la hiérarchie dans la mesure où ses membres en font encore partie, et de savoir faire la distinction entre l'institution divine à laquelle nous devons être très attachés et les erreurs que peuvent professer de mauvais bergers. Nous devons faire tout ce qui est possible pour les éclairer et les convertir par nos prières, notre exemple de douceur et de fermeté.

« A mesure que nos prieurés se fondent, nous aurons ce souci de nous insérer dans les diocèses par notre véritable apostolat sacerdotal soumis au successeur de Pierre, comme successeur de Pierre, non comme successeur de Luther ou de Lamennais. Nous aurons du respect et même de l'affection sacerdotale pour tous les prêtres, nous efforçant de leur rendre la vraie notion du sacerdoce et du sacrifice, de les accueillir pour des retraites, de prêcher des missions dans les paroisses comme le bienheureux de Montfort, prêchant la Croix de Jésus et le vrai Sacrifice de la Messe.

« Ainsi par la grâce de la Vérité, de la Tradition, les préjugés à notre sujet s'évanouiront, du moins de la part des esprits encore bien disposés, et notre future insertion officielle en sera grandement facilitée. Évitons les anathèmes, les injures, les quolibets, évitons les polémiques stériles, prions, sanctifions-nous, sanctifions les âmes qui viendront à nous toujours plus nombreuses, dans la mesure où elles trouvent en nous ce dont elles ont soif, la grâce d'un vrai prêtre, d'un pasteur des âmes, zélé, fort dans sa Foi, patient, miséricordieux, assoiffé du salut des âmes et de la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ [1]. »




[1] Mgr Lefebvre, le coup de maître de Satan, éd. Saint-Gabriel, 1977

mercredi 23 octobre 2013

Mgr Lefebvre : l’appartenance à la FSSPX exige la reconnaissance du pape

Certains milieux sédévacantistes, pouvant difficilement faire passer le fondateur de la FSSPX pour l’un des leurs, ont parfois tenté d’expliquer qu’il était toutefois tolérant à l’égard de leurs thèses et que la question qui leur tient à cœur demeurait ouverte dans son entourage. Ainsi, n’hésitèrent-ils pas à solliciter quelques interrogations que l’archevêque s’était faites. Pourtant, son attitude en la matière n’a guère varié. Il ne nous est pas permis, expliquait-il, de statuer sur ce qui relève des prérogatives des autorités de l’Église et nous devons reconnaître le successeur de Pierre, malgré les graves dérives que nous pouvons constater à Rome. Aussi, refusait-il que les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X s’affranchissent de la reconnaissance du pape. C’est en ces termes qu’il s’ouvrait de cette exigence devant les séminaristes d’Écône le 29 janvier 1980 :

« Chers amis, avant de continuer la conférence, je voudrais dire deux mots au sujet de ce que l’on pourrait appeler la situation de la Fraternité. Il y a peut-être eu parmi vous un petit peu d’émotion ces temps-ci au sujet de ceux qui ne veulent pas admettre l’attitude de la Fraternité vis-à-vis du pape et vis-à-vis de la Messe, mais plus particulièrement vis-à-vis du pape. C’est vrai que je suis peiné de voir qu’il y a quelques-uns parmi nos jeunes prêtres qui ne veulent pas garder l’attitude qu’ils ont connue ici. C’est ce que j’ai eu l’occasion de leur dire : je ne comprends pas comment vous pouvez vous séparer comme cela de l’esprit de la Fraternité, étant donné que vous savez parfaitement qu’ici, à Écône, on a toujours prié pour le Saint-Père, on a toujours considéré que le Saint-Père existait, j’en ai montré l’exemple par le fait que j’ai toujours répondu aux appels qui m’ont été faits à Rome. Par conséquent, vous rompez avec la tradition du séminaire, vous rompez avec ce qui a été fait dans la Fraternité, et vous emmenez les fidèles que la Fraternité vous a confiés dans une voie qui n’est plus celle de la Fraternité. Alors s’il y a des difficultés dans votre communauté, elles ne viennent pas de l’attitude que nous avons à Écône, elles viennent de votre attitude qui n’est pas conforme à celle d’Écône et à celle de la Fraternité.


« Il y a donc un manque de fidélité de leur part. Ils le savaient très bien lorsqu’ils ont reçu l’ordination, ils savaient parfaitement quelle était l’orientation de la Fraternité. Alors je dirais que c’est à la fois un manque de fidélité, un manque de loyauté parce qu’enfin, tout de même, ils savent qu’ils ont reçu l’ordination dans la Fraternité, de mes mains, ils m’ont promis obéissance au moment de l’ordination et je pense que, dès avant l’ordination, ils avaient déjà cette idée de ne pas prier pour le pape et de ne pas considérer le pape comme existant. Alors cela n’est vraiment pas permis, devant le Bon Dieu, de dire : nous acceptons l’ordination, mais nous ne suivrons pas les orientations de celui qui nous l’a donnée, du fondateur de la Fraternité. C’est inadmissible, c’est vraiment malheureux, c’est vraiment très pénible de considérer l’attitude de ces quelques prêtres. Heureusement ils sont peu nombreux, ce sont des exceptions, j’aurais souhaité qu’il n’y ait pas d’exception et que tous comprennent bien l’attitude que prend la Fraternité. »

vendredi 11 octobre 2013

Sanctifier les autres prêtres : un des premiers buts de la Fraternité Saint-Pie X

Le premier but de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est la sanctification de ses prêtres. C’est ce qu’indique Mgr Marcel Lefebvre dans les statuts de l’œuvre. Avant même de parler de la crise de l’Église ou des formes d’apostolat auprès des fidèles ou auprès de la jeunesse, le fondateur aborde le deuxième but. Il s’agit de sanctifier les prêtres non membres de la FSSPX :
« Un deuxième but de la Fraternité est d’aider à la sanctification des prêtres, en leur offrant la possibilité de retraites, récollections. Les maisons de la Fraternité pourraient être le siège d’associations sacerdotales, de tiers-ordres, de périodiques ou revues destinées à la sanctification des prêtres. »
Dans une conférence dispensée le 13 mars 1981 à Écône, Mgr Lefebvre revient plus précisément sur cet aspect profondément apostolique de la Fraternité :


« Il semble qu’autour de la Fraternité veuillent se créer tout doucement des liens d’amitié, des liens étroits entre un certain nombre de prêtres qui tout doucement reviennent à la Tradition et qui pourraient éventuellement même reconstituer des associations sacerdotales unies à la Fraternité. Ce ne serait pas des membres de la Fraternité, mais ils seraient des prêtres faisant partie d’associations sacerdotales, par district par exemple, qui pourraient profiter de la spiritualité de la Fraternité, profiter même de ses retraites, profiter du calme de ses maisons pour des récollections et se retrouver ainsi en union avec la Fraternité.

« Ce n’est pas du tout que nous voulions monopoliser en quelque sorte et vouloir donner l’impression qu’il n’y a que la Fraternité et qu’en dehors de la Fraternité il n’y a rien, au contraire ! Mais c’est dans le but de la Fraternité, vous pouvez le voir dans ses statuts, que la Fraternité doit s’efforcer de soutenir la spiritualité des prêtres, la sanctification sacerdotale, pas seulement dans la Fraternité, mais aussi autour de la Fraternité. Le rayonnement de nos prieurés, le rayonnement de la Fraternité, doit s’étendre particulièrement aux prêtres, parce que ces prêtres sont souvent des prêtres très isolés, très abandonnés, rejetés par leurs évêques et souvent se trouvant vraiment dans des situations pénibles.


« Alors si la Fraternité leur vient en aide, moralement, spirituellement, même éventuellement matériellement, ce sont des choses qui sont tout à fait souhaitables et il semble que, de plus en plus, que ce soit aux Etats-Unis par exemple, que ce soit en Allemagne, même en France, des réunions de prêtres commencent à se faire autour de nos prieurés et ces prêtres sont tout heureux de se sentir en famille, de se sentir soutenus, de ne plus être tout à fait isolés. »

samedi 5 octobre 2013

La Fraternité Saint-Pie X, émanation de « l’Église conciliaire » ?

Certains milieux marginaux de la Tradition, faisant subir quelques contorsions à la pensée de Mgr Lefebvre, avancent aujourd’hui l’idée que « l’Église conciliaire » serait une entité structurelle indépendante et distincte de l’Église catholique fondée par Notre Seigneur. Les conséquences de cette dérive doctrinale sont assez dramatiques. Elles condamnent forcément le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X qui a passé son temps à se rendre auprès  des autorités pourtant imbues des idées du Concile, afin de trouver un modus vivendi.

Ces mêmes groupes avancent l’idée que Mgr Lefebvre aurait reçu l’approbation de la véritable Église puisqu’elle aurait été approuvée par Mgr François Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg le 1er novembre 1970. Et ces mêmes pourfendeurs de « l’Église conciliaire » – terme inventé par Mgr Benelli – n’hésitent pas à faire du brave Mgr Charrière le deuxième père de la Fraternité. Après tout, c’est lui qui a signé l’acte de naissance de la Fraternité : son décret d’érection. Mais était-il bien en phase avec Mgr Lefebvre ?

Les deux hommes s’étaient connus à Dakar lorsque l’évêque de Fribourg était venu pendant une quinzaine de jours visiter les Suisses installés au Sénégal. Ils avaient sympathisé et Mgr Lefebvre avait maintenu les relations. Comme l’université de Fribourg avait plutôt bonne réputation, l’archevêque avait installé son séminaire dans la ville puis avait requis l’autorisation de son ami, Mgr Charrière. Mais ce dernier lui avait, dans un premier temps, conseillé d’envoyer ses futurs prêtres dans le séminaire interdiocésain :

« Alors je suis allé voir Mgr Charrière et je lui ai demandé s’il n’y avait pas quelque chose quand même à Fribourg qui soit mieux que cette maison des Pères du Saint-Esprit, où les quelques séminaristes dont je m’occupais, pourraient trouver place et une certaine formation. Il m’a répondu : « Vous savez, Monseigneur, la situation est très mauvaise actuellement, elle va toujours en empirant ; et je suis très pessimiste sur l’avenir même du diocèse et de la formation sacerdotale. Je suis pessimiste, je ne sais pas comment les choses vont tourner. En tout cas, nous avons, oui, un séminaire interdiocésain qui sert tous les diocèses de Suisse et qui reçoit même des étudiants en civil. Par conséquent, il pourrait bien recevoir vos étudiants aussi. Alors, peut-être, allez voir là. » (1)

Bien étranger au Coetus, Mgr Charrière était en réalité un véritable esprit conciliaire, avant même Vatican II. Lors de son accession au Siège de Fribourg, la Voix ouvrière, quotidien communiste romand, loua la « réputation d’homme de gauche » du nouvel évêque. C’est à cette époque qu’il encouragea le Conseil œcuménique des Églises, pourtant fermement interdit par Rome. Dès 1960, le prélat adressa au Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens, dont il était membre actif aux côtés du cardinal Bea, une note sur la liberté de conscience qui allait marquer les esprits et former, aux côtés des écrits de Mgr Émile de Smedt, le terreau de Dignitatis Humanae, texte en faveur duquel il vota naturellement. Par ailleurs, Mgr Charrière était très engagé dans l’œcuménisme. Il n’hésita pas à dialoguer avec les Protestants et, à l’époque où il recevait les demandes de Mgr Lefebvre pour reconnaître son œuvre, il s’envolait en 1970 vers la Moscou soviétique pour représenter Paul VI aux obsèques du patriarche schismatique Alexis Ier, allié au pouvoir de Brejnev, dans un geste d’œcuménisme accompli.


A bien des égards, Mgr François Charrière était un représentant confirmé de ce que Mgr Benelli appela « l’Église conciliaire ». Et c’est pourtant lui qui a érigé l’institut de droit diocésain appelé : « Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ». Considérer que cette expression recouvre une entité structurelle distincte de l’Église catholique, c’est malheureusement conclure que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est non pas une fondation de l’Église catholique, mais une émanation d’une structure schismatique. Dire que telle n’était pas la pensée du fondateur, c’est enfoncer une porte ouverte.

Côme de Prévigny

(1) Mgr Marcel Lefebvre, Petite histoire de ma longue histoire, 1999.

jeudi 26 septembre 2013

Mgr Lefebvre : Le célibat sacerdotal, rayonnement de la grandeur du Christ

« Quant à vous, chers sous-diacres, vous qui allez être ordonnés dans quelques instants, avec la grâce du Bon Dieu, sous-diacre, vous aussi vous participez et vous participerez encore davantage à la lumière de Notre Seigneur Jésus-Christ, spécialement en pratiquant le célibat, à la suite de Notre Seigneur Jésus-Christ. C'est comme un rayonnement de la grandeur, de la sublimité de Notre Seigneur qui rayonne sur vous, par cet attachement total de votre être à Notre Seigneur Jésus-Christ, sans partage, voulant être à Lui totalement, sans limite. Eh bien, vous manifestez précisément la grandeur, la toute-puissance, la vertu de Notre Seigneur Jésus-Christ, la sainteté de l'Eglise.

« Plus que jamais aujourd'hui, les fidèles, les vrais fidèles ont besoin de cette lumière, au moment où précisément le célibat est battu en brèche par des exemples lamentables dans le monde entier, par des prêtres, par un certain laxisme de Rome, accordant à des milliers et des milliers de prêtres, de ne plus garder le célibat. Et cette vertu est méprisée dans le monde. Ce sont des conférences épiscopales entières, qui demandent l'abandon du célibat. On se promet de faire des synodes qu'on appellera même des conciles, comme le futur concile africain, qui a certainement son intention de demander l'abolition du célibat pour l'Afrique.

« Ce sont les ténèbres qui envahissent l'Eglise. Alors vous devez être la lumière; vous devez propager cette lumière fermement, courageusement, sans hésitation, malgré les critiques, malgré tous les quolibets, malgré toutes les difficultés que cela représente pour vous. Portez votre habit religieux, portez votre soutane; manifestez devant le monde que vous êtes prêtre, que vous êtes religieux, que vous êtes donné au Bon Dieu totalement, que vous pratiquez la virginité, que vous professez le célibat. Quel bel exemple ! Combien l'Eglise a besoin de cela. L'Eglise ne serait plus l'Eglise s'il n'y avait pas des prêtres célibataires et s'il n'y avait plus de religieux et de religieuses, fidèles au célibat, à la virginité. C'est cela qui caractérise l'Eglise; c'est cela qui est vraiment la note de sainteté de l'Eglise et qui convertit les âmes.

« S'il est un exemple qui manifeste la sainteté de l'Eglise, c'est bien celui-là. Et les personnes qui sont dans le mariage ont besoin de cet exemple, pour demeurer elles aussi, dans la loi de Dieu dans le mariage, voyant l'exemple de sacrifices et de chasteté dans l'Eglise, cela les encourage elles aussi à garder la loi du Bon Dieu dans le mariage.

« Mais si les prêtres abandonnent le célibat, s'ils abandonnent cet attachement total à Notre Seigneur Jésus-Christ, alors qu'en sera-t-il des mariages chrétiens ? Soyez donc cet exemple, mes chers amis, attachez-vous à cette vertu toute spéciale que le Bon Dieu demande de vous. »
  

Mgr Lefebvre, Ecône, sermon du 15 mars 1986

samedi 21 septembre 2013

Mgr Lefebvre face aux crises internes

Peut-être n’y a-t-il jamais eu autant de crises au sein de la Fraternité Saint-Pie X qu’à ses débuts. Tous les deux ou trois ans, une scission éclatait et c’est ici un séminaire qui chavirait, là un district qui s’éloignait. En 1983, Mgr Lefebvre perdit quasiment tout l’apostolat des États-Unis, les prêtres lui reprochant sa trop grande souplesse et son manque de fermeté. L’archevêque ne s’émut pas. S’il faut tout perdre, nous recommencerons tout, disait-il. Six ans auparavant, le corps professoral d’Écône l’avait jugé trop dur et c’est une grave crise qui affecta la Fraternité au point de séparer le séminaire du fondateur. Une fois la tempête apaisée, il prévint ses séminaristes : Ceux qui ne veulent pas reconnaître les dangers provoqués par la réforme, et ceux qui manifestent une dureté excessive à l’encontre du pape ou de leurs confrères n’épousent pas le véritable esprit sacerdotal : 
« Cela fait déjà un an – les autres diront peut-être deux ans – que la situation au séminaire est difficile, qu’il y a des oppositions à l’intérieur du séminaire ; que certains groupes de séminaristes sont opposés les uns aux autres, qu’on a donné des étiquettes à certains. Les uns se sont dits libéraux, les autres se sont dits jansénistes, et que sais-je…

« Enfin, cela, j’en suis conscient moi-même. Je ne suis pas le dernier à le savoir, et je suis payé pour le savoir parce qu’on me donne les deux étiquettes ! Et ces deux étiquettes, surtout en France, particulièrement dans notre cher pays de France, les divisions y sont effrayantes, épouvantables, dans les milieux traditionalistes. Elles ne font que se multiplier. C’est effrayant et triste de voir cette division…

« Alors la situation s’est trouvée, ici au séminaire, le reflet de cette situation qui se trouve en France. Heureusement pour ceux qui ne sont pas français, la situation dans leurs pays en général est moins aiguë. Je ne dis pas qu’il n’y en ait pas, il y a des divisions partout parce que quand le vrai pôle de l’unité qui doit être Rome faiblit, forcément tout s’en va. Chacun se fait un peu sa vérité, chacun se fait sa doctrine, son groupe. Chacun veut avoir sa manière de réagir. C’est fatal. Ce sont les conditions dans lesquelles se trouve l’Eglise actuellement qui veulent cette poussière de divisions. C’est ce qu’a produit le protestantisme. Le protestantisme est devenu une poussière de sectes parce qu’ils ont perdu l’unité de Rome. Maintenant c’est Rome même. La lumière est en quelque sorte obscurcie et alors les fidèles, les catholiques, sont dans le désarroi complet. Et les réactions, même les bonnes réactions, se voient sous des angles différents, des manières différentes, des méthodes différentes. Et on se divise.

« Alors je me trouve forcément moi-même pris dans tout ce tourbillon, ayant moi-même réagi et fait ce séminaire il y a maintenant huit ans. Fatalement, il y en a qui sont d’accord, pas d’accord et pas tout à fait d’accord, pas tout à fait contre, etc. C’est fatal. Et ma foi, cela fait déjà trois fois que la Providence permet qu’il y ait des ruptures à l’intérieur du séminaire. C’est la troisième fois que je répète, que je dis la même chose. […]

« Hésitations au sujet des ordinations, hésitations au sujet de la juridiction des nouveaux prêtres, hésitations au sujet des incardinations des prêtres dans la Fraternité que je considère comme toujours existante puisqu’elle a été abolie illégalement et injustement. Autant de petits points, je dirais peu de choses comme différences, mais tout de même une certaine différence.

« Alors, en plus de cela, il faut bien reconnaître que dans le séminaire il y avait un peu cette tendance à ne pas être parfaitement dans ce que je pense devoir affirmer. Et en plus de cela, il y avait aussi le fait que je réprouve absolument, de certains séminaristes qui, eux, se sont durcis et ont plutôt voulu suivre les idées du Père Barbara et je dirais un certain durcissement de ceux qui, parmi les traditionalistes de France, ont des positions, à mon avis, excessives de dureté contre le pape, contre les évêques, toujours prêts à insulter les évêques, à insulter le pape.
« Alors il s’est trouvé de fait ici certains séminaristes qui prenaient plutôt leur inspiration, inspiration de doctrine, en dehors du séminaire et non pas dans le séminaire. Alors, si d’un côté il y en avait qui ne suivaient pas le séminaire par défaut, il y en avait qui ne suivaient pas le séminaire par excès. Et alors cela fait cet affrontement, cet affrontement qui est venu à l’intérieur du séminaire, affrontement lamentable : manque de charité, manque de compréhension, manque d’union, divisions continuelles. Alors on ne pouvait plus se voir, plus s’asseoir l’un à côté de l’autre et bientôt presque ne plus manger ensemble, ne plus aller en récréation ensemble. Inimaginable ! Ce n’est plus chrétien, à plus forte raison plus sacerdotal ! C’est inimaginable cela. Inimaginable ! 
« Que font ici des séminaristes qui sont dans cet état d’esprit ? Il vaut mieux qu’ils s’en aillent. De grâce, qu’ils s’en aillent ! Et personnellement je me vois obligé en conscience de sévir contre ceux qui apportent cet esprit excessif dans une dureté, une attitude à mon avis non conforme à l’esprit sacerdotal, non conforme à l’esprit pastoral, une attitude exagérée vis-à-vis de tous ceux qui ne pensent pas comme eux, une attitude qui n’est pas chrétienne. Je me vois obligé de sévir. C’est pourquoi j’ai demandé à trois séminaristes de ne pas revenir cette année-ci au séminaire.

« D’autre part, je ne puis pas non plus tolérer des séminaristes qui ne pensent pas comme nous, qui ne nous suivent pas, qui ne sont pas d’accord pour les ordinations, qui ne sont pas d’accord pour l’incardination, qui ne sont pas d’accord pour dire qu’il y a quand même dans les sacrements nouveaux des choses inquiétantes et qui rendent certainement invalides un bon nombre des sacrements – du moins il faut aussi étudier les cas particuliers – mais il y a certainement maintenant beaucoup de prêtres qui n’ont maintenant plus l’intention de faire ce que fait l’Eglise et donc leurs sacrements sont invalides – et puis ceux qui pensent que nous avons une attitude vis-à-vis du pape qui n’est pas celle qui devrait être. Eh bien ces séminaristes-là, s’ils ne nous suivent pas, que font-ils ici ? Pourquoi venir dans ce séminaire si on ne veut pas en prendre les orientations et la ligne ? C’est inutile. Alors c’est un poids qui pèse et que l’on traîne comme un boulet dans le séminaire, ces gens qui ne sont pas d’accord avec la ligne du séminaire. »

Mgr Lefebvre, conférence du 20 septembre 1977

mardi 3 septembre 2013

Mgr Lefebvre : ne jamais abandonner le successeur de Pierre

Lorsque les abus proviennent de l’autorité de l’Église, que les faits font grandir la déception, la tentation est grande de simplifier, d’insulter, de se fourvoyer dans de fausses options, de se réconforter dans les illusions. Ainsi, devant les scandales œcuméniques et liturgiques, certaines âmes, victimes des abus, se sont-elles accaparées les prérogatives du Siège apostolique et ont cru pouvoir dire que tel homme n’était pas pape. Elles se sont fait leur petite papauté à elles seules et se sont donné la possibilité de pouvoir lier et délier. On choisit son pape, on rejette son successeur, on garde le suivant. Les faits pourtant demeurent : les pontifes romains sont légitimement élus et unanimement reconnus comme pasteurs de l’Église universelle. Mgr Lefebvre demande de bien revenir aux faits : Malgré toutes les causes de scandale provenant des papes eux-mêmes, il ne faut « jamais abandonner le successeur de Pierre ». L’écueil du sédévacantisme, il l’a dénoncé jusqu’au soir de sa vie. Mais déjà, lors des ordinations du 29 juin 1982, dans un sermon qui tentait de cerner le mystère de l’Église, il a prononcé l’un de ses prêches les plus marquants et a abordé le sujet de la papauté :

« Eh bien, nous vivons cette époque. Nous ne pouvons pas fermer les yeux. Les choses sont là devant nous, elles ne dépendent pas de nous. Nous sommes témoins de ce qui se passe dans l'Eglise, de ce qui s'est passé d'effrayant depuis le Concile, de ces ruines qui s'accumulent de jour en jour, d'année en année, dans la Sainte Eglise. Et plus nous avançons et plus les erreurs se répandent et plus les fidèles perdent la foi catholique. Une enquête faite récemment en France, disait qu'il n'y avait pratiquement plus que deux millions de catholiques français qui sont encore vraiment catholiques. Alors nous allons à la fin. Tout le monde tombera dans l'hérésie; tout le monde tombera dans l'erreur, parce que des clercs – comme le disait saint Pie X – se sont introduits à l'intérieur de l'Eglise et ont occupé l'Eglise et ont répandu les erreurs à la faveur de l'autorité qu'ils occupent dans l’Eglise.

« Alors sommes-nous obligés de suivre l'erreur parce qu'elle nous vient par voie d'autorité ? Pas plus que nous ne devons obéir à des parents qui sont indignes et qui nous demandent de faire des choses indignes; pas plus nous ne devons obéir à ceux qui nous demandent d'abandonner notre foi et d'abandonner toute la tradition. Il n'en est pas question.

« Oh certes, c'est un grand mystère. Grand mystère de cette union de la divinité avec l'humanité. L'Eglise est divine, l'Eglise est humaine. Jusqu'où les défauts de l'humanité peuvent – je dirais – presque atteindre la divinité de l'Eglise ? Dieu seul le sait, c'est un grand mystère. Mais nous, nous constatons les faits. Et nous devons nous placer devant des faits et ne jamais abandonner l'Eglise, l'Eglise catholique et romaine, ne jamais l'abandonner. Ne jamais abandonner le successeur de Pierre, parce que c'est par lui que nous sommes rattachés à Notre Seigneur Jésus-Christ, à l’évêque de Rome, successeur de Pierre.


« Mais si par malheur, entraîné par je ne sais quel esprit ou quelle formation, ou quelle pression qu'il subit, par négligence, il nous laisse et il nous entraîne dans des chemins qui nous font perdre la foi, eh bien nous ne devons pas le suivre tout en reconnaissant cependant qu'il est Pierre et que s'il parle avec le charisme de l'infaillibilité, nous devons accepter. Mais lorsqu'il ne parle pas avec le charisme de l'infaillibilité, il peut très bien se tromper. Hélas, ce n'est pas la première fois que cela arrive dans l'Histoire. »